Question Directe : Patrick Boyer reçoit Ségolène Royal
le 25/08/2006 sur France Inter
Patrick BOYER
François HOLLANDE sera t-il candidat à son tour ? Laurent FABIUS en assez des généralités, Lionel JOSPIN s'interroge sur la légitimité des candidats socialistes, quant au numéro deux du PS, il demande à Messieurs LANG et STRAUSS-KAHN de se retirer de la course. Cela bouillonne au Parti socialiste qui ouvre ce matin les portes de son Université d'été à la Rochelle. Invitée de Question Directe ce matin sur France Inter, Ségolène ROYALE, présidente de la région Poitou-Charentes. Ségolène ROYAL bonjour !
Ségolène ROYAL
Bonjour !
Patrick BOYER
Vous êtes à pied d'½uvre, en direct de la Rochelle, dans les studios de nos amis de Poitou-Charentes. Alors d'abord Madame votre point de vue sur l'engagement militaire de la France au Liban, sujet sur lequel vous aviez été singulièrement peu diserte lors de votre discours de rentrée, dimanche à la Fête de la Rose. Le président de la République a pris hier une décision importante : envoyer 2.000 hommes sous Casques bleus, vous l'approuvez ?
Ségolène ROYAL
La France paraissait en retrait, alors qu'elle avait joué un rôle important dans l'adoption de la résolution concernant le renforcement de la FINUL et aujourd'hui avec cette décision qui prévoit non seulement l'envoi de 2.000 hommes, mais aussi la disponibilité du pays pour assurer le commandement de la FINUL – la France tient enfin son rang et ses promesses et j'allais dire, il était temps ! Parce que cette situation de retrait n'était pas comprise par la Communauté internationale.
Patrick BOYER
Donc vous approuvez maintenant le président, on prend un risque calculé, on envoie 2.000 hommes sous Casques bleus sur un terrain extrêmement difficile.
Ségolène ROYAL
C'est vrai, c'est vrai que c'est un devoir pour le chef des Armées de se préoccuper des conditions dans lesquelles sont engagées les forces armées, la définition précise de la mission. Les conditions d'usage du feu sont indispensables pour que nos soldats se trouvent dans des circonstances difficiles, en capacité de jouer tout leur rôle avec un maximum de sécurité. Chacun a en mémoire l'effroyable attentat du Drakkar en 1983, mais il est évident qu'il aurait été préférable que l'on se soucie de ces conditions au moment où la résolution était négociée plutôt que de donner pendant quelques jours cette impression de flottement. Mais aujourd'hui, je le répète, la France tient ses promesses et tient son rang et je crois que c'est une bonne chose !
Patrick BOYER
Alors à cinq semaines de la clôture des candidatures au PS, François HOLLANDE a surpris son monde hier, en envisageant sa propre candidature, fort de sa légitimité de premier secrétaire élu par les militants lors de quatre congrès. François HOLLANDE pourrait se présenter contre vous Madame ROYAL ?
Ségolène ROYAL
D'abord je voudrais dire que l'Université d'été de la Rochelle, c'est le rassemblement de 3.000 socialistes pour réfléchir et pour travailler sur le projet que nous venons d'adopter. Alors je comprends bien sûr que compte tenu de l'actualité, la question des candidatures à l'élection présidentielle occupe beaucoup les commentateurs. Mais moi je voudrais rappeler ce besoin de respect du débat et de la qualité du débat par rapport aux problèmes qui se posent aujourd'hui dans la France lors de cette rentrée. Et l'essentiel de nos débats va porter sur la question du pouvoir d'achat, on le sait, on le voit, on le vit. Je réunissais hier 21 présidents de régions et le problème auquel nous sommes confrontés, nous le vivons tous les jours. Nous voyons par exemple monter dans les lycées les demandes de fonds sociaux, c'est-à-dire que nous avons aujourd'hui des familles à revenus moyens qui basculent, petit à petit dans l'endettement et qui n'arrivent pas à faire face à des dépenses élémentaires, notamment les dépenses éducatives. Et quand j'entends le gouvernement annoncer une prime pour les étudiants qui va simplement toucher 80.000 étudiants, alors qu'ils sont plus de 2 millions et demi ! Je voudrais dire ici, que les présidents de régions hier, en faisant le point sur la façon dont nous aidions le pouvoir d'achat des Français, nous avons constaté que nous aidions 3 millions et demi de lycéens par la gratuité des livres scolaires. Que nous aidions 100.000 lycéens par l'achat de tous les matériels nécessaires dans les lycées professionnels. Que nous mettions en place pour les jeunes des moyens pour souvent prendre financièrement en charge par les régions les frais de caution qu'ils doivent verser pour se loger. Que dans la région Poitou-Charentes que je préside, nous payons le permis de conduire aux jeunes qui viennent de réussir le CAP, qui sont issus des familles populaires pour qu'ils puissent tout simplement aller au travail. Nous sommes également très soucieux sur les problèmes que rencontrent les Français concernant la hausse du coût de l'énergie. Ici, dans cette région, nous avons créé le TER à 1¤, et nous avons été bien évidemment débordé par ce succès. Il y avait certains jours où il y avait 200, 300 personnes sur le quai ne pouvant prendre le train, parce que nous touchons du doigt l'émergence de besoins sociaux qui se traduisent par une régression du pouvoir d'achat et du niveau de vie. Et je crois qu'en cette rentrée c'est le problème principal et c'est de cela que les socialistes discutent à la Rochelle.
Patrick BOYER
Alors ce n'est pas négligeable, effectivement, ce débat, vous le comprenez bien est aussi porté par des responsables de niveau national au Parti socialiste dans la campagne qui s'ouvre. Je reviens donc à ma question initiale : François HOLLANDE hier dans le MONDE, pourrait-il se présenter contre vous devant les militants pour l'investiture ?
Ségolène ROYAL
Mais François HOLLANDE a redit ce qu'il a toujours dit, aujourd'hui le temps du dépôt des candidature n'est pas venu, c'est celui ou celle qui sera le mieux placé au moment du dépôt de ces candidatures pour gagner qui va rassembler. Moi, vous savez nous sommes en période de débats, les socialistes aiment beaucoup les débats. Mais le moment venu on sait qu'ils savent serrer les rangs, ils sauront se rassembler pour faire gagner la gauche.
Patrick BOYER
Alors on n'a plus que cinq semaines pour les dépôts de candidatures, vous nous confirmez que l'un ou l'autre de vous deux sera candidat ou les deux pourraient l'être devant les militants ?
Ségolène ROYAL
Mais vous savez, je pense qu'il ne faut pas gadgétiser, ni dégrader la politique. C'est vrai que les circonstances sont assez originales, ne le nions pas et en même temps nous sommes dans un enjeu qui concerne l'élection présidentielle – donc il faut garder le niveau du débat. C'est d'abord un débat autour du projet, c'est un débat autour d'une vision de la France et c'est un choix très important que les militants socialistes devront faire le moment venu. Et les socialistes devront se rassembler autour d'une candidature et les militants et notamment tous les nouveaux militants qui nous ont rejoints, nous étions hier à la Fédération de Charente-Maritime à la Rochelle autour de Maxime BONO, il y a 1.000 adhérents supplémentaires ici, dans ce département. Et les militants savent que leur choix va être très important, puisque 200.000 militants vont décider pour des millions d'électeurs qui sera le candidat qui va porter les couleurs de la gauche, qui va être le candidat du Parti socialiste, qui va être capable de rassembler toute la gauche dans sa diversité et qui sera capable de battre la droite au second tour de l'élection présidentielle pour changer, en profondeur ce qui se passe dans ce pays. Et notamment pour faire reculer les inégalités, pour construire une société beaucoup plus solidaire.
Patrick BOYER
Bien sûr, mais ce n'est pas médiocre et le débat ne l'est pas, de savoir si le premier secrétaire du PS peut ou non se présenter contre vous face aux militants. Une fois pour toute c'est envisageable ou non, ce sera l'un ou l'autre d'entre vous ?
Ségolène ROYAL
Je vous ai répondu sur cette question là.
Patrick BOYER
Bon, très bien, est-ce que vous avez été sensible aux déclarations de Laurent FABIUS, qui tout de suite après votre intervention à Frangy-en-Bresse a dit : j'en ai assez des généralités, moi je propose des choses concrètes. Par exemple le SMIC à 100 euros (sic) tout de suite, la fin des stock options, est-ce que vous sentez cette insatisfaction monter chez les cadres du parti qui voudraient des choses plus précises de votre part ?
Ségolène ROYAL
Mais les choses précises nous les avons, nous avons le projet du Parti socialiste et ce sera dans la campagne électorale proprement dite, c'est-à-dire dans le dialogue avec les Français que les choses pourront se préciser. Ce que je crois c'est qu'il est important aussi de définir les valeurs au nom desquelles, les responsables politiques décident. Parce que les Français veulent comprendre dans quel sens va la société et quelle vision nous avons de l'avenir de la France. Et donc, je crois qu'il n'est pas incompatible de développer un certain nombre de valeurs fondamentales et en même temps de les décliner sous forme de mesures concrètes. Mais les mesures concrètes, vous savez nous sommes tous les jours à la tâche, je suis tous les jours à la tâche, je le disais tout à l'heure, en tant que présidente de région. Sur l'emploi, sur la formation professionnelle qui est un défi majeur de notre temps, sur la question de l'éducation et sur la façon dont nous renforçons l'égalité éducative dans le pays. Et donc je crois que la liberté de chacun, la liberté de parole de chacun est tout à fait respectable. Moi, vous l'aurez observé, je ne critique aucun autre socialiste. Je pense que les critiques entre socialistes font beaucoup de mal au Parti socialiste et rendent les militants malheureux. Donc, ne comptez pas sur moi pour dire quel que soit, quelque chose de désagréable sur qui que ce soit.
Patrick BOYER
Non, non bien sûr, mais il est impressionnant par exemple d'entendre l'ancien Premier ministre, Lionel JOSPIN dire...s'interroger par exemple à Santander cette semaine sur la légitimité des candidats socialistes. Pour lui, la question du leadership pour la présidentielle n'a pas été réglée.
Ségolène ROYAL
Je n'écoute pas les choses désagréables, je vous le redis à l'instant, je crois que ce qui est important c'est d'avancer, d'être au clair sur les motivations qui sont les siennes, de rassembler les socialistes, de les rassurer sur le fait que les dirigeants sauront se rassembler le moment venu pour qu'ils puissent décider le meilleur ou la meilleure d'entre nous. Je crois que la légitimité politique, elle vient au Parti socialiste du vote des militants et la légitimité politique dans le pays elle vient du vote des électeurs. C'est le principe de base de la démocratie, maintenant je crois que tous les talents, anciens ou nouveaux ont utiles et seront utiles. Moi ma seule obsession c'est le rassemblement.
Patrick BOYER
Tous les talents anciens, est-ce que l'on peut imaginer, c'est finalement la dernière inconnue au PS, que Lionel JOSPIN se déclare, est-ce qu'il pourrait rebattre les cartes en fait au Parti socialiste ?
Ségolène ROYAL
Ecoutez, je viens de le dire à l'instant, je crois que tous les talents sont utiles, moi je ne veux rien dire de désagréable sur qui que ce soit. Notre principal adversaire c'est la droite, notre principal adversaire c'est la montée de la précarité dans le pays. Notre principal adversaire c'est la montée des inégalités, notre principal adversaire c'est la pauvreté de certains salariés, qui bien que travaillant sont qualifiés de travailleurs pauvres et ça c'est un vrai scandale dans la France contemporaine. Notre principal adversaire c'est une injuste répartition des fruits de la croissance et là, nous exigeons une conférence salariale avec les organisations syndicales pour rétablir un autre rapport de force qui permettra de partager les fruits de la croissance entre le travail et le capital, en favorisant le travail. Notre principal adversaire ce sont les milliers d'enfants qui ne sont pas partis en vacances, c'est la pauvreté, c'est la précarité et c'est surtout aussi l'aspiration de millions d'hommes et de femmes qui ont du talent et qui ont envie que la France avance et qui ont le sentiment parce que l'Etat fonctionne mal aujourd'hui et qu'il va falloir le faire bien fonctionner – c'est ça l'enjeu de l'élection présidentielle ! C'est assurer un bon fonctionnement de la puissance publique pour qu'un euro dépensé soit un euro utile. Pour que les problèmes soient rapidement réglés, pour que les Français aient le sentiment que la France avance vers un chemin où la société sera beaucoup plus solidaire. Pour que la France tienne son rang sur la scène internationale et contribue au rétablissement de la paix, pour que l'Europe se lève, enfin, comme disait François MITTERRAND. Donc cet enjeu là, c'est l'enjeu majeur qui doit nous mobiliser tout entier et c'est cet espoir que nourrissent les militants socialistes parce qu'ils savent que si nous savons élever au sein du Parti socialiste le débat politique à son niveau le plus haut, alors les Français nous ferons confiance pour que cela change en profondeur dans la France qui a besoin, vraiment besoin de ce changement.
Patrick BOYER
Ségolène ROYAL en direct de la Rochelle, merci Madame de rester avec nous sur France Inter et de répondre dans dix minutes aux questions des auditeurs qui sont nombreux au standard : 01.45.24.70.00
QUESTiONS DES AUDITEURS
Patrick BOYER
Radio Com 01 45 24 7000, vous êtes nombreux à appeler Ségolène ROYAL qui est en direct de France Bleu la Rochelle. Un premier appel nous parvient de Danièle à Contrexéville. Bonjour Danièle.
Danièle
Bonjour et merci.
Patrick BOYER
Je vous en prie, allez-y.
Danièle
Les Socialistes ont-ils conscience des dégâts que provoquent toutes ces candidatures ?
Patrick BOYER
Madame Ségolène ROYAL ? Est-ce qu'on va bien vous entendre s'il vous plait, on ouvre tous les micros.
Ségolène ROYAL
Oui.
Patrick BOYER
Vous êtes avec nous 5 sur 5 de la Rochelle.
Ségolène ROYAL
Mais j'ai parfaitement entendu la question, oui bien sûr les Socialistes en sont conscients et en même temps, je crois que c'est une, vraiment une des grandeurs du parti Socialiste que de pouvoir organiser un débat en son sein. Ce qu'il faut c'est que les arguments échangés restent dignes et respectueux. Mais qu'il y ait plusieurs candidats, ce n'est pas choquant, je crois bien au contraire, puisque nous sommes une organisation politique démocratique et que les militants vont voter, vont décider.
Patrick BOYER
Bien sûr.
Ségolène ROYAL
Dans l'intimité de leur conviction, qui sera le ou la mieux à même de gagner.
Patrick BOYER
Mais alors du coup l'appel du numéro deux du parti, monsieur REBSAMEN au retrait de monsieur LANG et de monsieur STRAUSS-KAHN, ça vous paraît de bon aloi ?
Ségolène ROYAL
C'est sa liberté de parole aussi et je crois qu'il l'a fait sans mépris et sans dénigrer et sans propos désagréable.
Patrick BOYER
Mais vous, vous êtes d'accord ou non ?
Ségolène ROYAL
Mais non, mais tout le monde est légitime à présenter sa candidature, c'est préférable qu'il y ait un rassemblement. Et si ce rassemblement peut se faire, il faudra le faire, sinon ce sont les militants qui décideront, il ne faut pas avoir peur de la démocratie.
Patrick BOYER
Eric, nous appelle d'Agen, bonjour Eric.
Eric
Oui bonjour, j'ai une question très concrète pour madame ROYAL.
Patrick BOYER
Allez-y.
Eric
Je voudrais savoir dans l'éventualité où elle accédait à la fonction suprême, comment elle allait procéder pour constituer son gouvernement eu égard aux amabilités et aux crispations qui sont tout à fait avérées au sein des présidentiables et du PS étant donné que par ailleurs, on imagine mal qu'elle puisse se priver de personnalités de premier plan qui ont déjà exercé, donc je voulais savoir un petit peu comment, si elle pouvait nous répondre sans détour et sans langue de bois ?
Patrick BOYER
Sans détour madame ROYAL.
Ségolène ROYAL
D'abord je pense que par respect pour les électeurs, il ne faut jamais brûler les étapes ou anticiper les étapes suivantes, chaque chose en son temps. En même temps, ça n'évite pas, ça n'empêche pas de réfléchir aux étapes suivantes et c'est vrai qu'il faudra constituer des équipes. Vous savez, je réunissais hier les 21 présidents de région, j'avais un sentiment vraiment d'une force collective, d'un potentiel, de personnalités extrêmement compétentes qui sont tous les jours au contact des réalités et qui agissent tous les jours pour régler les problèmes qui se posent aux Français. Il y a l'Assemblée nationale aussi, des personnels, des compétences, il y aura la diversité de la gauche à représenter. Et puis il y aura un équilibre à faire entre les anciens et des nouveaux, comme je l'ai dit tout à l'heure. C'est pour ça aussi que moi, en ce qui me concerne, je m'abstiens, vous l'avez remarqué de toute attaque personnelle contre qui que ce soit parce que le jour où il faudra rassembler toutes les énergies et tous les talents alors il faudra que cela puisse se faire sans que personne ne se sente humilié. Et mon travail aujourd'hui c'est ça et c'est celui je crois de tous les responsables socialistes.
Patrick BOYER
Philippe est en ligne, bonjour Philippe.
Philippe
Bonjour madame, bonjour France Inter.
Patrick BOYER
Vous nous appelez d'où ?
Philippe
D'Auribeau, dans les Alpes Maritimes.
Patrick BOYER
Allez-y.
Philippe
Alors ma question est dans la continuité précisément de la question précédente, pourquoi madame Ségolène ROYAL ne tente t-elle pas de convaincre Dominique STRAUSS-KAHN de former un ticket à la mode anglo-saxonne pour qu'elle même étant candidate à la présidence de la République, elle annonce avec l'accord évidemment de l'intéressé, que celui-ci serait vraisemblablement son Premier ministre. Ce serait certainement un ticket gagnant.
Patrick BOYER
Eh bien voilà on avance vite madame ROYAL.
Ségolène ROYAL
Parce que je pense que ça ne correspond pas à l'esprit de nos institutions, l'élection du président de la République, c'est l'élection du président de la République. En revanche, je pense qu'il faut constituer des équipes et que tous les talents sont nécessaires et qu'il faudra rassembler tous ces talents.
Patrick BOYER
Mais vous ne voulez pas vous lier les mains à l'avance, en fait aux Etats-Unis effectivement c'est différent, il y a un vice-président sur le ticket et en France c'est différent.
Ségolène ROYAL
Mais nous ne sommes pas aux Etats-Unis précisément, nous sommes en France et nous devons respecter l'esprit des institutions. Les Français, en tout cas, attendent cela.
Patrick BOYER
Eh bien Daniel nous appelle de l'Essonne, bonjour Daniel.
Daniel
Oui, bonjour madame.
Patrick BOYER
Bienvenu sur l'antenne.
Daniel
Merci. Voilà j'ai posé cette même question à monsieur LANG et à monsieur FABIUS, qu'est-ce que vous ferez des trois ou quatre cent mille immigrés clandestins qui sont sur le territoire national ?
Ségolène ROYAL
D'abord je voudrais bien préciser sans polémique, mais parce que c'est la réalité des choses que la question de l'immigration, les difficultés qu'elle pose aujourd'hui sont le résultat direct de la politique de SARKOZY. C'est-à-dire qu'avec un empilement de législations successives, il a réussi le tour de force de faire en sorte en effet que des centaines de milliers d'hommes et de femmes sont sur le territoire national sans être ni expulsables, ni régularisables et cette situation là, elle est insupportable sur le plan humain, pour les personnes concernées. Donc il faudra remettre à plat la législation sur l'immigration, faire en sorte que l'on mette en place comme c'est écrit dans le projet des Socialistes, une immigration partagée, c'est-à-dire négocier, travailler avec les pays d'origine dans le respect des personnes et en même temps dans le respect aussi et dans la préparation du co-développement. On ne réglera pas le problème d'immigration internationale si on ne règle pas la question du développement des pays pauvres. Et je me rends d'ailleurs prochainement au Sénégal pour discuter avec ce pays de la mise en place des actions de co-développement. Moi, je crois beaucoup aux actions de proximité, en particulier nous le faisons avec nos régions, nous avons des partenariats en direct et nous savons où va l'argent. Parce qu'un des gros problèmes aujourd'hui de la politique de coopération, c'est le gaspillage, c'est le détournement de fonds, c'est la corruption, et c'est la possibilité pour les pays donateurs souvent de contrôler l'efficacité des actions dans les pays pauvres. Et soit nous réussissons à faire émerger les pays pauvres, et je pense en particulier qu'aujourd'hui les pays les plus pauvres qui sont sous les latitudes les plus chaudes ont un atout, c'est l'énergie solaire gratuite, et donc nous devons appuyer les modes de développement dans ces pays sur le potentiel dont ils disposent. Je crois que c'est une utopie réalisable. En tout cas nous devons mener de front ces deux questions là. La question planétaire de la réduction des écarts entre pays pauvres et pays riches pour mettre fin à l'émigration de la misère et de la pauvreté et la question du dialogue et de la régularisation de l'immigration pour que nous puissions au cas par cas et dans un flux continu régulariser ceux qui sont sur notre sol et dont notre économie a besoin.
Patrick BOYER
Oui, bien sûr madame ROYAL, au cas par cas, pardon, c'est un peu ce que fait le gouvernement aujourd'hui. Alors avant cette entreprise de longue haleine sur laquelle à priori tout le monde est d'accord dans le monde politique français de la droite à la gauche, qu'est-ce qu'on fait pour les centaines de milliers qui sont chez nous et qui n'ont pas les papiers, qui sont irréguliers ? Est-ce qu'on procède ou non après l'élection présidentielle si un socialiste ou vous-même par exemple été élu, à une régularisation massive comme en Italie ou en Espagne ou non ?
Ségolène ROYAL
Au cas par cas, ce n'est pas ce que fait le gouvernement de droite aujourd'hui. Il est confronté au bout de plus de quatre ans du pouvoir à ce problème de régularisation massive, c'est quand même lui qui est responsable. Il est aux responsabilités et il nous a fait croire que le problème était réglé, or aujourd'hui par une incohérence, une incompétence gouvernementale, nous sommes effectivement confrontés à cette difficulté. Nous ne pouvons pas pour des raisons de responsabilités annoncer aveuglement des régularisations massives. Mais nous devrons régler ce problème, en particulier les enfants qui sont à l'école doivent pouvoir continuer à apprendre et à rester à l'école. Nous avons d'ailleurs décidé hier, présidents de région socialiste, responsables des lycées que les lycéens qui sont en situation expulsable seront parrainés par nos soins pour qu'ils puissent continuer à apprendre à l'école et nous devons ensuite régler les problèmes au cas par cas et en fonction là aussi sans doute des besoins des territoires. Moi, je suis favorable à une décentralisation de cette question, c'est un peu novateur, mais je pense que dans les régions et les départements où nous sommes au plus près des réalités économiques, des différents besoins, notamment je pense aux besoins des activités saisonnières, je crois qu'il est temps dans notre pays de créer un visa saisonnier, car il y a beaucoup d'étrangers qui viennent travailler. L'économie française en a besoin, donc nous devons les accueillir humainement et correctement et les loger correctement. Notre économie a besoin de travailleurs saisonniers qui restent ensuite sur le territoire français parce qu'il n'y a pas de visa durable saisonnier. Voilà un problème très concret qui peut être rapidement réglé à la fois dans l'intérêt de ces salariés et dans l'intérêt de la France.
Patrick BOYER
Donc je retiens de votre propos qu'en cas de retour de la gauche au pouvoir, vous ne prévoyez pas, vous madame ROYAL, de régularisations massives.
Ségolène ROYAL
Je pense que la responsabilité gouvernementale doit toujours écarter les solutions schématiques qui pourraient être mal interprétées. Nous aurons, pourquoi le nier, un gros problème de régularisation parce qu'il va falloir réparer les dégâts de la politique SARKOZY, nous le ferons dans un double respect de respect des personnes et aussi de souci d'intégration dans de bonnes conditions de ces personnes sur le territoire français. Et le troisième principe, c'est celui du dialogue respectueux avec les pays d'origines.
Patrick BOYER
Thibault nous appelle de Paris, bonjour Thibault.
Thibault
Oui bonjour madame ROYAL. Dans son souci de préciser le projet, un autre candidat, Laurent FABIUS a dit, 1er juillet 2007, je demande au gouvernement d'augmenter le SMIC de 100 euros. Alors madame ROYAL, ma question est la suivante, vous êtes candidate, pour le moment on entend beaucoup de pressi-pressa et pas mal de sermons, moi, j'ai un peu peur de me faire arnaquer alors dites moi précisément est-ce qu'on est dans la généralité ou est-ce que vous aussi vous, pour soutenir le pouvoir d'achat, ce sera 100 euros de plus pour le SMIC. J'aimerais une réponse précise madame ROYAL, je vous remercie.
Ségolène ROYAL
Toutes les propositions précises sont les bienvenues. Je pense que la question des bas salaires, qui est au c½ur du projet socialiste, qui prévoit l'augmentation du SMIC comme vous le savez, est la question sociale majeure que nous aurons à résoudre si les Français nous font confiance. Ce n'est pas que la question du SMIC parce que les premières réactions que j'entends autour de moi, c'est ceux qui gagnent juste au-dessus du SMIC et qui se disent et nous, est-ce que nous aurons les 100 euros ? Savez-vous qu'un salarié sur deux gagne moins d'un SMIC et demi ? Donc les Français sont intelligents et ils savent qu'on ne règle pas ces questions là par une seule mesure et par un seul chèque. C'est un début, et en même temps je crois que c'est la question globale des bas salaires qu'il faut poser pour augmenter le pouvoir d'achat des bas salaires. Je pense aussi qu'il faut poser la question des écarts car si on donne 100 euros de plus au SMIC, mais 1000 euros de plus aux salaires, ou si on laisse déraper la rémunération du capital qui va plus vite que la rémunération du travail, on n'aura rien réglé avec les 100 euros. Si en plus ces 100 euros sont grignotés par la hausse des prix et notamment par la hausse de l'énergie, les gens auront le sentiment comme vous venez de le dire à l'instant de se faire arnaquer. Et donc la position du parti Socialiste, ce qui est inscrit dans notre projet, c'est de convoquer dès l'élection de la gauche une conférence salariale, une conférence du pouvoir d'achat pour que les organisations syndicales jouent tout leur rôle. Vous savez que je suis, moi, favorable à l'émergence en France d'un syndicalisme de masse, et donc si on commence par décider unilatéralement ce qu'il faut faire ou ce qu'il ne faut pas faire, vous coupez l'herbe sous le pied des organisations syndicales et elles ne réussiront pas à prendre toute leur place dans la société française et donc des questions comme celles du pouvoir d'achat et de la précarité doivent être réglées par une modification du rapport de force entre les salariés et le patronat avec la garantie de l'Etat. C'est l'Etat qui doit donner la garantie d'un juste dialogue, c'est l'Etat qui doit donner les moyens aux organisations syndicales de peser sur ce dialogue social et c'est comme cela que les conquêtes sociales se mettront en place parce qu'elles seront le fruit d'un rapport de force discuté. Et la question centrale, c'est la question de la répartition des fruits de la croissance car la droite ne peut pas à la fois dire, c'est formidable, il y a 2,5 points de croissance et en même temps dire qu'il est impossible d'augmenter les salaires. Il est possible d'augmenter les salaires si on répartit autrement les fruits de la croissance, la croissance est là, elle est fragile, on sait qu'elle est fragile parce qu'il y a un fort déficit du commerce extérieur, que les ménages sont endettés, mais en même temps elle est là, il faut donc à la fois la consolider et on la consolidera en augmentant le pouvoir d'achat notamment des bas et des moyens salaires.
Patrick BOYER
Ségolène ROYAL, toujours dans Radio Com, on enchaîne madame ROYAL pour que tous les auditeurs puissent intervenir. Nous avons si vous le permettez un appel de Danièle qui est à Merville. Vous êtes la bienvenue Danièle.
Danièle
Oui bonjour. Je vous pose ma question. Madame ROYAL a fait campagne pour le “ oui ” à la constitution européenne, si elle est élue, amènera t-elle la France et les Français vers une renégociation de leur vote “ non ” ?
Ségolène ROYAL
Il faut que l'Europe se lève à nouveau, on en a besoin, la France en a besoin. La France a besoin d'être un pays fort dans une Europe forte. L'Europe aussi a un rôle majeur à jouer non seulement dans la conquête de l'emploi, dans la conquête de la hausse salariale, de la croissance économique, du développement de l'éducation, de la construction de sociétés beaucoup plus solidaires, mais en plus l'Europe doit aussi être plus forte pour participer davantage aux actions de maintien de la paix dans le monde. On a évoqué ce sujet tout à l'heure. Donc il faut impérativement qu'à nouveau l'Europe se remette en marche et aujourd'hui il faut se souvenir, les Français ont demandé, qu'ils aient voté “ oui ” ou qu'ils aient voté “ non ”, ce qui les rassemble aujourd'hui c'est l'exigence d'une Europe plus protectrice. Et donc il faut à la fois apporter cette garantie que l'Europe est plus protectrice pour l'emploi en particulier, pour une meilleure répartition entre le capital et le travail comme je le disais tout à l'heure. Et même temps il faut relancer l'Europe sur des projets concrets, opérationnels et de ce point de vue, j'en vois deux, d'abord construire l'Europe de l'excellence environnementale car nous devons maintenant préparer l'après pétrole en investissant, en innovant en particulier dans les énergies renouvelables, en changeant les modes de comportement, de consommation et de déplacement et l'Europe de la recherche parce que je crois que c'est en investissant collectivement dans les secteurs de pointe que nous défendons l'emploi de demain. Et en ce qui concerne la constitution pour revenir à la question plus précise, ce qui est prévu dans le projet des Socialistes, c'est de renégocier un texte, beaucoup plus court, qui garantissent le bon fonctionnement des institutions européennes et qu'une nouvelle consultation populaire soit organisée.
Patrick BOYER
Juste d'un mot madame ROYAL, vous évoquez l'environnement, Nicolas HULOT et d'autres responsables Verts souhaiteraient que le numéro deux du futur gouvernement soit chargé de l'environnement, du développement durable, en un mot, vous seriez favorable à cela dans un futur gouvernement de gauche ?
Ségolène ROYAL
Je pense que la question environnementale doit être portée au plus haut niveau, au niveau du chef de l'Etat, c'est ce qui se fait par exemple dans les pays nordiques où l'ensemble du gouvernement et de la société en général, des entreprises, des consommateurs, des associations, des collectivités locales sont totalement mobilisés sur cette question. La France est très en retard et je vous le dis ici si je suis en situation, la France sera le pays de l'excellence environnementale, nous essayons de le faire, nous le faisons ici dans la région Poitou Charente, nous sommes à la pointe des énergies renouvelables. Nous lançons, nous construisons actuellement un lycée, que j'ai appelé le lycée Kyoto qui sera un lycée avec zéro énergie fossile, c'est-à-dire qu'il fonctionnera uniquement avec des énergies renouvelables et qui récupérera l'eau de pluie pour justement aussi lutter contre les problèmes de sécheresse dont nous souffrons beaucoup dans notre région. Donc toutes les nouvelles technologies vont être concentrées sur cette réalisation pour montrer qu'il est possible de construire autrement, de vivre autrement, d'économiser l'énergie, et de faire en sorte que les nouvelles technologies soient mises au service d'un autre développement.
Patrick BOYER
Le lycée Kyoto comme le protocole. Merci Ségolène ROYAL d'avoir été en direct ce matin de France Bleu La Rochelle pour les auditeurs de France Inter.