Le FRANC-PARLE (I TELE)

Le FRANC-PARLE (I TELE)
TEXTE DE L'INTERVIEW

En affichant depuis plusieurs semaines le spectacle de ses divisions, le PS ne fait-il pas le jeu de Nicolas Sarkozy ?

Les militants, aujourd'hui, sont malheureux. Ils voudraient que leurs chefs se rassemblent rapidement. Les paroles qui dépassent parfois la pensée qui sont échangées au sein du Parti socialiste servent la droite. Puisque la droite les reprend. (...) Il faut que les choses se passent le mieux possible avant le vote. Si on ne donne pas au sein du Parti socialiste l'exemple d'une grande fraternité, ce sera plus difficile après. Comme l'a d'ailleurs dit François Hollande, il ne faut pas que notre candidat sorte de ce processus interne affaibli.


Certains candidats doivent-ils se retirer afin que celui qui sera choisi par les militants le soit avec un score qui ne l'affaiblisse pas ?

Ce n'est pas à moi d'appeler au retrait des uns et des autres. (...) Mais ce qui n'est pas normal, ce sont les attaques personnelles et il faut qu'elles cessent.


Vous prônez comme Nicolas Sarkozy le retour à une forme d'autorité qui heurte une partie de la gauche...

La juste autorité est une condition de l'ordre social juste. La juste autorité, c'est que chacun exerce ses fonctions là où il est. Par exemple, l'école fonctionnerait mieux si les familles fonctionnaient mieux.


Vous proposez des "écoles de parents". L'Etat doit-il aller jusqu'à contrôler la façon dont une famille éduque ses enfants ?

Il ne s'agit pas de contrôler, mais de donner les moyens à chacun d'exercer correctement son autorité. Les familles pauvres ne sont pas de pauvres familles. (...) Bien souvent, ce sont la pauvreté, la misère, les difficultés de tous ordres qui empêchent le juste exercice de l'autorité parentale. Le lien est très direct entre la juste autorité et la justice sociale.


Pourquoi avez-vous refusé la proposition de Laurent Fabius d'augmenter de 100 euros le smic immédiatement ?

Octroyer 100 euros à ceux qui gagnent le smic ne suffit pas à régler la question. Aujourd'hui, on le sait, il y a une marge de manoeuvre pour l'augmentation des bas salaires. La France, sur les cinq années qui viennent de s'écouler, est le pays qui a le moins augmenté le smic et les bas salaires. Donc, il y a une marge de manoeuvre dans la répartition des fruits de la croissance. Nous avons une croissance fragile, avec deux points et demi. Elle est fragile car nous avons un déficit du commerce extérieur, un endettement important. Malgré tout, une partie de ces fruits de la croissance est à redistribuer entre le capital et le travail. C'est dans le projet socialiste, il faut ouvrir une conférence sur les salaires et le pouvoir d'achat entre les organisations syndicales et le patronat. L'Etat étant le garant de cette bonne négociation.


Etes-vous choquée par la proposition de Nicolas Sarkozy de faire voter les salariés d'une entreprise pour ou contre la grève ?

Oui, c'est très choquant. (...) Oser dire que le droit de grève est une dictature des minorités, est un vrai scandale, un mépris par rapport à l'histoire de France où des hommes et des femmes ont risqué leur vie pour conquérir ce droit élémentaire. (...) Dans les pays où le dialogue social fonctionne bien, alors il peut y avoir des convergences sociales. Une prévention des conflits. Il y a un rapport de forces et une transparence des comptes de l'entreprise. C'est-à-dire il y a l'accès des syndicats aux comptes de l'entreprise, donc une anticipation des problèmes, une mutation...


Vous êtes pour une maison de verre, transparence des partis, des entreprises, des familles même...

Non, car je suis pour le respect de l'intimité. (...) Il ne faut plus de mensonge officiel, de choses occultées. Les gens ensuite perdent la confiance dans les responsables politiques. La transparence doit être dans bien des domaines. Dans celui de l'environnement où là aussi on voit les mensonges sur les OGM, sur le nuage de Tchernobyl, sur la pollution, sur la dégradation de l'environnement et son influence sur le cancer du sein : on sait maintenant qu'il est lié aux insecticides et aux pesticides dans l'alimentation. Le jour où l'on dira l'ensemble des données liées à la protection du cadre de vie, pour que les citoyens s'en emparent...


Etes-vous pour la régularisation massive des sans-papiers ?

Aujourd'hui, si la question d'une régularisation massive se pose, c'est quand même le constat d'une singulière faillite du ministre de l'intérieur actuel. (...) La solution est dans une régularisation régulière en fonction des besoins de l'économie puisque c'est la loi. Cette régularisation régulière n'a pas eu lieu. Je suis pour la régionalisation de l'examen des dossiers de demandes par rapport aux besoins des entreprises. (...) Si l'on veut bien caler les besoins de l'économie française par rapport aux demandes de l'immigration et au contrat de travail, il faut rapprocher les décisions des territoires. Il faut des visas saisonniers durables, des visas automatiquement renouvelés pour les étrangers qui viennent travailler en France.

# Posté le jeudi 14 septembre 2006 12:01

Modifié le vendredi 15 septembre 2006 08:42

L'ordre juste sera retabli à l'école

03/09/06

FLORAC (Lozère), 3 sept 2006 (AFP) - La socialiste Ségolène Royal a affirmé dimanche à Florac que "l'ordre juste sera rétabli à l'école", promettant si elle était élue qu'"un deuxième adulte" serait présent à côté de l'enseignant dans les classes confrontées à des problèmes de discipline.
Dans une allocution devant plusieurs centaines de personnes, la candidate probable à l'investiture du PS pour la présidentielle de 2007 s'est engagée à ce que "tous les moyens supprimés par la droite" dans l'Education nationale soient "rétablis", car la diminution des crédits, a-t-elle dit, "a porté atteinte à la réussite des élèves".
Estimant que "dans les écoles, et notamment dans les collèges, la violence n'a pas reculé", Ségolène Royal a affirmé qu'"il faudra que la discipline soit rétablie dans les classes".
Comme à Bondy (Seine-Saint-Denis) au mois de mars, elle s'est déclarée "favorable à un nouveau métier, un deuxième adulte dans les classes quand c'est nécessaire".
Selon la présidente du Poitou-Charentes, cela doit permettre de "stabiliser les enseignants, qui doivent pouvoir se consacrer à la transmission des savoirs".
"L'ordre juste doit être rétabli à l'école", a-t-elle ajouté.
Ségolène Royal s'est aussi prononcée pour "un soutien scolaire gratuit" aux enfants "au bon moment, quand ils en ont besoin", une mission que les étudiants pourraient être "incités" à mener" moyennant "des points supplémentaires, des unités de valeur" dans leur propre cursus.
Elle a réaffirmé qu'il fallait "aider les parents à exercer leur responsabilité parentale", y compris par la création "d'écoles de parents".
Quant aux enfants, il faut "leur dire: +il faut travailler beaucoup, il faut travailler dur" à l'école.
"Cette révolution scolaire, nous la ferons", a résumé Mme Royal.
La candidate socialiste favorite des Français a d'autre part accusé Nicolas Sarkozy de "remettre en cause le droit de grève". "Nous ne laisserons pas rogner les droits sociaux", a-t-elle lancé.
"Je fais une promesse: faire émerger en France un syndicalisme de masse" pour changer "le rapport de forces entre le patronat et les salariés", a poursuivi Ségolène Royal.
La présidente du Poitou-Charentes a précisé qu'elle "rencontrerait ces prochains jours" les dirigeants des centrales syndicales nationales à ce sujet.
"Je lance un appel à tous les citoyens, militants, sympathisants de gauche, aux comités +Désirs d'avenir+ (qu'elle a créés, NDLR), à tous les élus, syndicalistes pour que nous réfléchissions ensemble et que nous ouvrions des forums participatifs dans toute la France pour réfléchir à une question simple: comment faire pour que les Français aient envie d'adhérer à un syndicat ?", a-t-elle dit.
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# Posté le jeudi 14 septembre 2006 11:59

« PS : Rénovation au forceps », Les Echos

« PS : Rénovation au forceps », Les Echos

« Si l'on en juge par la détermination affichée durant le week-end par Ségolène Royal, Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn et Jack Lang, ils seront au moins quatre au départ de la primaire interne que le Parti socialiste lancera le 3 octobre ... Sans oublier Lionel Jospin et François Hollande, qui campent dans le rôle de recours au cas où les débats tourneraient au vinaigre. Six prétendants pour un seul trône, cela fait vraiment beaucoup, et l'on serait tenté d'ironiser sur cette inflation de candidatures au sein du principal parti de l'opposition si, au-delà de ce féroce concours de beauté entre la Madone des sondages et les éléphants socialistes, quelque chose de plus sérieux n'était en train de se jouer à l'approche de l'élection présidentielle de 2007 : en trois mois, le PS a-t-il oui ou non la capacité à rénover son logiciel idéologique pour affronter une droite qui, sur ce plan, a largement fait le travail en quatre ans ?

Les échanges à fleurets mouchetés entre Laurent Fabius et Ségolène Royal sur la question des salaires et du pouvoir d'achat illustrent le premier type de débat qui agite le parti. Pour reconquérir l'électorat populaire, qui est le grand enjeu de la prochaine élection, l'ancien Premier ministre revendique une mesure lisible mais non dénuée d'effets pervers : une hausse immédiate et forte du SMIC (8 %). La seconde rétorque que c'est la question globale des bas salaires qu'il faut poser et prône, pour y parvenir, une négociation tripartite Etat-patronat-syndicats (...).

Le second type de débat est plus nouveau ; en se faisant le chantre de la démocratie participative, la présidente de Poitou-Charentes heurte de front les adeptes de la démocratie représentative, qui se méfient des idées venues d'en bas, s'inquiètent du populisme ambiant et érigent en rempart la force des partis. Deux conceptions de la politique sont en jeu, avec dans le rôle du gardien du temple Lionel Jospin. Reste qu'en partant des préoccupations de la base, en regardant les « choses telles qu'elles sont », sur les 35 heures comme sur la sécurité, Ségolène Royal est en train de réaliser ce qu'aucun de ses compétiteurs n'a réussi : disputer à Nicolas Sarkozy la capacité à susciter une ferveur populaire, sur fond de grave crise de la représentation politique.

C'est pourquoi il ne faut pas prendre à la légère ce qui est en train de se passer au Parti socialiste. Une nouvelle synthèse est peut-être en train d'accoucher au forceps. Ce ne serait d'ailleurs pas la première fois que l'élection présidentielle oblige le parti à bouger plus rapidement qu'il ne l'aurait souhaité. C'est en en s'appuyant sur cette élection que François Mitterrand était parvenu en 1981 à porter la gauche au pouvoir et à l'obliger à rompre, non sans mal, avec sa culture d'opposition ».
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# Posté le mercredi 13 septembre 2006 17:30

Le discours de Ségoléne Royal à l'Université d'été du PS à la Rochelle

Le discours de Ségoléne Royal à l'Université d'été du PS à la Rochelle
"Ce que nous avons démontré dans les territoires, nous le démontrerons demain à l'échelle de la nation"


Merci d'être aussi nombreux et aussi chaleureux. Merci devant la presse nationale, régionale et internationale de donner une si belle, une si formidable image du Parti socialiste. Merci à vous militants, d'être ici chaleureux, rassemblés, heureux d'être ensemble. Bienvenue à La Rochelle et bienvenue dans la région Poitou-Charentes, que j'ai le plaisir de présider et qui, comme vous le savez, a été reprise à la droite et à RAFFARIN. Merci à Jean-Christophe pour l'organisation de cette formidable université d'été qui arrive à un moment politique très important de notre Parti, et de m'avoir invitée en tant que présidente de région et rien que cela, à ouvrir cette université d'été. Rien que cela et ça me va. Ca me va parce que je pense aujourd'hui, que la politique se fait par la preuve et je voudrais vous dire, militants socialistes, que lorsque j'ai réuni hier, 21 présidents de région socialistes, eh bien nous étions fiers de ce que nous avons accompli dans nos régions en deux ans. Non-seulement au nom des socialistes, parce que je vais y revenir, nous avons tenu la parole du projet des socialistes, mais aussi parce que le projet que les socialistes ont adopté pour l'élection présidentielle, se nourrit du travail au quotidien des élus socialistes et des majorités de gauche, avec les Communistes et les Verts et les Radicaux rassemblés. Et c'est quand nous sommes unis dans nos régions, que nous savons avancer et régler les problèmes des gens. Et pour tout cela, je voudrais, à travers vous, remercier l'ensemble des militants qui ont d'abord porté cette formidable victoire des élections régionales ; comme nous avons été fiers, et qui, aujourd'hui, peuvent être assurés que, dans la campagne qui s'ouvre, le bilan des présidents de région socialistes, non-seulement vous en serez fiers, mais la France en sera fière et elle comprendra que, le jour où les régions de France pourront s'appuyer sur un Etat central, qui tire dans la même direction, qui est inspiré par les mêmes valeurs de solidarité et de lutte contre les inégalités, qui relève tous les jours le défi de la lutte contre la précarité, de l'égalité scolaire, de la bataille pour l'emploi et pour la formation professionnelle, alors lorsque l'Etat central, en fonctionnant mieux et en étant au clair et en harmonie avec les raisons et les façons de faire dans les régions socialistes, alors oui, la France se redressera. Elle ira de l'avant et elle construira jour après jour une société plus solidaire. Voilà l'enjeu de l'année prochaine.
Et alors ce qui frappait hier dans cette réunion des présidents de région socialistes, c'est leur force, c'est leur détermination, c'est leur joie d'avoir accompli ce travail, malgré les embûches, malgré les difficultés, malgré un pouvoir de droite qui, comme vous le savez, a frelaté la décentralisation, l'a galvaudé, l'a détourné de ses objectifs, n'a pas transféré au territoire les ressources fiscales nécessaires, a creusé les inégalités entre les différents territoires. Alors oui, tous les jours nous sommes à la tache avec les valeurs qui nous anime, avec les résultats qui sont les nôtres, avec le travail qui reste à accomplir. Et nous le faisons d'abord en ayant tenu parole. Vous vous souvenez puisque, cette campagne, vous l'avez conduite sur les marchés, auprès des citoyens. Eh bien cette parole-là, nous l'avons tenue, c'est très important parce que, aujourd'hui, les citoyens regardent la responsabilité des politiques. Ils regardent ce que les responsables politiques, auxquels ils ont confié ce pouvoir extraordinaire, de pouvoir agir au nom de l'intérêt général, c'est ça le c½ur de la politique et lorsque nous sommes dépositaires de ce pouvoir extraordinaire, nous devons en faire quelque chose et les Socialistes, ils ont fait quelque chose de ce pouvoir dont ils ont été dépositaires. Et d'abord, ils ont tenu parole sur l'éducation. Vous vous souvenez, sur les livres gratuits ; toutes les régions ont réalisé sur leur territoire, l'accès aux livres gratuits pour tous les lycéens, trois millions et demi de lycéens. A comparer d'ailleurs, avec l'annonce de la droite ce matin, rapidement comme ça avant la rentrée scolaire, d'une prime pour les étudiants. 80 000 étudiants sur deux millions et demi d'étudiants vont être concernés par cette prime. Dans les régions socialistes, ce sont trois millions et demi de lycéens qui ont la gratuité des livres scolaires et 800 000 lycéens dans les lycées professionnels qui, désormais, ont la boite à outils gratuite et l'ensemble des matériels nécessaires dans les lycées professionnels pour étudier. C'est ça la politique des Socialistes.

Nous nous étions ensuite engagés sur les emplois jeunes. Dans la totalité de nos régions, ce sont 80 000 emplois jeunes qui ont été créés, emplois tremplin, qui ont été mis en place. Des aides économiques aux entreprises, du soutien aux pôles de compétitivité. Nous avons, dans nos régions, mis en place une centaine de pôles de compétitivité. Ce n'est pas le pouvoir central qui a fait cela, c'est nous, dans nos régions où nous avons rassemblé les laboratoires de recherches, les entreprises, les lieux de formations professionnelles et où nous attendons désormais une aide de l'Etat qui ne vient pas. Alors si demain, l'Etat central tire dans la même direction que les régions, mais nous verrons se déployer les talents sur notre territoire ; le potentiel de nos laboratoires de recherches, les emplois du futur et c'est la raison pour laquelle aussi l'échéance de 2007 est absolument capitale pour développer l'emploi sur l'ensemble de nos territoires. C'est cela aussi le combat contre la droite.

Et puis nous avons fait bien d'autres choses. Je voudrais illustrer les priorités sur lesquelles nous avons choisi de rendre des comptes hier, à partir de quelques actions qui nous ont été au départ contestées. D'abord sur la question de l'emploi et en particulier, j'en reviens à la région Poitou-Charentes. Nous avons mis en place une charte avec les entreprises, qui conditionne les aides économiques aux entreprises, à l'interdiction de licencier, à l'interdiction de délocaliser, à l'obligation de respecter les normes environnementales, et à l'obligation de respecter l'égalité salariale entre homme et femme. Et donc désormais, les subventions publiques dans les régions socialistes sont conditionnées par des règles relatives à l'intérêt général. C'est cela aussi la conciliation entre la morale économique et l'efficacité économique. Nous avons également dans toutes nos régions, supprimé les aides à l'emploi pour les entreprises qui avaient recours aux emplois précaires, aux CNE. Et on nous avait dit “ vous allez ruiner l'économie ”. Pas du tout ! car dans les régions où nous sommes extrêmement fermes, sur les conditions de l'aide publique, nous avons aussi des résultats économiques et ici dans la région Poitou-Charentes, les résultats qui viennent d'être publiés, alors qu'on m'avait dit que j'étais draconienne, le préfet de région m'a assigné au tribunal pour la conditionnalité des aides, à l'interdiction de recourir aux CNE, le pourcentage de créations d'emploi, l'augmentation du nombre d'emplois créés pour le trimestre qui vient de s'écouler, est de plus 13%. Ce que je veux dire par-là, c'est que nous pouvons concilier l'efficacité économique et la lutte contre la précarité. Et que les entreprises ont besoin de règles claires et quand les règles du jeu sont claires, c'est-à-dire lorsqu'on est capable d'imposer sans faiblesse l'intérêt général, le respect des salariés, la qualité du dialogue social dans les entreprises et la conditionnalité des aides à l'interdiction de délocaliser ou de licencier lorsque l'on fait des bénéfices, alors les filières économiques comprennent le message et créent des emplois durables. Et cela, nous l'avons démontré sur notre territoire, demain nous le démontrerons à l'échelle de la Nation.

Sur la question du pouvoir d'achat, tous les jours, les Socialistes et les majorités de la gauche unie dans les régions, sont au travail. Tous les jours, c'est nous qui sommes en première ligne, quand nous voyons exploser les demandes de fonds sociaux dans les lycées et que désormais ce sont des familles à revenus moyens qui s'adressent aux fonds sociaux des lycées ; non-seulement parce que, plus seulement dans les familles où il y a du chômage, mais aussi dans les familles, je vous le répète, à revenus moyens, où il y a maintenant des accidents financiers et où on a donné l'autorisation aux fonds sociaux d'intervenir sur les dépenses médicales, sur les achats de lunettes, sur les achats de livres, de livres non-scolaires et sur les équipements même des bureaux à la maison et bien sûr, sur l'achat des ordinateurs. Donc la dégradation du pouvoir d'achat, nous la voyons et nous la vivons tous les jours, et nous essayons de colmater les brèches du désengagement insupportable de l'Etat.

Lorsque sur le droit à se déplacer, nous avons fait ici dans la région le TER, le train régional, à un 1 euro. Nous nous sommes dits, ça va permettre à certains habitants de prendre le train, de se déplacer. Nous avons été, mais, débordés par la mesure. Il s'est trouvé des jours où il y avait 200-300 personnes sur le quai de la gare, ne pouvant monter dans les trains. Des gens qui n'avaient jamais pris le train dans la région pour aller au bord de la mer où nous sommes aujourd'hui. Des gens qui n'étaient jamais partis du département de Charente pour aller jusqu'à La Rochelle. Et donc on a fait émerger une demande sociale qui n'a pas l'occasion de se faire entendre et qui, tout d'un coup, parce qu'il y a une offre de service public qui est mise à portée de tous, et qui est le droit élémentaire à se déplacer, alors la demande sociale émerge et la responsabilité des Socialistes, c'est de répondre à ces demandes sociales cachées, qui n'osent pas se manifester souvent, mais qu'il suffit de concrétiser par une offre normale finalement de vie quotidienne pour que tout d'un coup, les citoyens s'en empoignent. Et ça, c'est la démocratie participative aussi. C'est la façon dont les citoyens s'expriment et disent tout d'un coup, “ peut-être que nous aussi on a le droit de se déplacer dans la région ”.

Et de la même façon, lorsque nous avons constaté qu'il y avait d'un côté des jeunes au chômage et de l'autre des filières économiques qui ne trouvaient pas de salariés dans les métiers du bâtiment et dans les métiers de la restauration, nous avons cherché à revaloriser des talents ; parce que l'idéal de la gauche c'est d'accorder du prix à l'ensemble des talents dans leur diversité et comme il y a des métiers qui sont dévalorisés, alors il y a des familles qui disent aux jeunes “ n'allez pas dans ces métiers parce qu'ils sont dévalorisés ”. Et alors qu'il y a une tension sur ces métiers, quand la loi du marché s'exerce au profit du salarié, là elle n'existe plus, car si les salariés étaient mieux payés, mieux considérés, mais les entreprises trouveraient des salariés ! Et quand j'ai en face de moi les entreprises du bâtiment qui se plaignent de ne pas trouver de bons ouvriers, je leur dis “ mais combien les payez-vous ces ouvriers ? payez-les à la hauteur de leurs qualités ”. Nous, les régions, nous payons avec les fonds des contribuables, des lycées professionnels et des centres de formation des apprentis de qualité, nous savons qu'il y a des jeunes motivés, bien formés qui sortent de ces formations ; alors, payez-les à leur juste prix, reconnaissez ce travail. Et la collectivité publique a reconnu ce travail, en payant ici, dans la région Poitou-Charentes, à tous les jeunes qui sont reçus à leur CAP, ils reçoivent un chèque de 1 200 euros pour se payer le permis de conduire. Parce que ça, c'est un droit fondamental et la gratuité du permis de conduire pour les jeunes, moi je pense qu'il faudrait que ce soit généralisée pour tous les jeunes au moins qui ont un métier, qui ont fait l'effort parce qu'il y a aussi la récompense du mérite derrière cette idée ; ce sont les jeunes qui sont reçus au CAP. La totalité issue des familles d'ailleurs les plus populaires de la région, on sait où sont les jeunes qui font des CAP, et donc il y a à la fois une mesure de justice sociale. Une mesure de reconnaissance du mérite et de valorisation de ces métiers et en plus, l'accès aux droits élémentaires de pouvoir se déplacer. Et on sait que dans les régions rurales il n'y a pas des services publics partout de transports, le droit élémentaire de pouvoir se déplacer tout simplement, pour aller au travail. Car quelle invraisemblable injustice de constater, et ça nous arrivait tous les jours, qu'il y avait d'un côté des jeunes diplômés dans les métiers du bâtiment, de l'autre des entreprises qui cherchaient des jeunes et faute de pouvoir se payer le permis de conduire, les jeunes étaient au chômage et ne pouvaient pas occuper ces emplois qualifiés et dont on exige aujourd'hui, qu'ils soient bien rémunérés. C'est ça une politique socialiste, c'est ça une politique qui repère les talents, qui récompense les talents, qui dit aux jeunes, vous avez raison de travailler et de réussir et nous, puissance publique, on va veiller à ce que vous soyez correctement payés ; bien sécurisés sur des contrats de travail durables et respectés dans vos entreprises. Et d'ailleurs, dans le contrat d'accord avec les entreprises sur l'apprentissage dont nous avons doublé le nombre ici dans la région, et c'est le cas sur l'ensemble des régions socialistes. Ca les a surpris un peu au début, nous faisons signer aux employeurs, un engagement sur le respect des apprentis. Parce que là aussi, il y a beaucoup à faire, sur le respect des horaires, sur la façon dont on leur parle, sur la façon dont on les considère, sur ce qu'on leur donne à manger, etc. La dignité et le respect des jeunes apprentis qui ont trop longtemps été considérés comme une main d'½uvre corvéable à merci, aujourd'hui dans les régions socialistes, c'est fini et l'apprentissage a enfin trouvé ses lettres de noblesse. C'est cela aussi la politique des Socialistes.

Et puis, nous avons mis en place, c'est le troisième thème que je voudrais évoquer dans nos régions, des expériences de sécurité sociale professionnelle. Mais oui, vous le savez, c'est le c½ur de notre projet socialiste ; faire en sorte que les salariés, quand ils sont licenciés ne tombent pas dans le trou du chômage, mais gardent leur dignité avec leur statut de salarié et soient épaulés individuellement, orientés vers une formation professionnelle ou vers un nouvel emploi, accompagné de la formation professionnelle adaptée, mais qu'il n'y ait pas ce trou du chômage entre les deux. Ce qui suppose un recyclage des fonds de la formation professionnelle et là, nous sommes à l'avant garde de la compétence des régions et nous sommes à l'avant garde au niveau national de la préparation, de la relance, de la croissance économique. Car on le sait, nous Socialistes, c'est d'abord par l'investissement dans la ressource humaine, par la formation professionnelle, que nous pouvons le mieux défendre et conquérir des emplois. Les pays du Nord de l'Europe y sont parvenus parce qu'ils ont fait un investissement massif dans la formation des hommes et des femmes, pour leur permettre d'accompagner les mutations sans en souffrir. Eh bien les régions socialistes, ici dans cette région c'est 100 millions d'euros la formation professionnelle et donc, si nous mettons fin à un certain nombre de gaspillages, si nous utilisons correctement cet argent public tous ensemble, l'ensemble des régions de France, alors nous construisons une France des régions qui investit massivement dans la ressource humaine et donc qui prépare et qui réussit la relance de la croissance économique. C'est cela la France socialiste des régions. Et puis, il y a dans nos régions la bataille pour l'excellence environnementale et je dois dire là-dessus, que la mobilisation est très forte sur les énergies renouvelables, d'abord parce que ça permet aussi de régler un certain nombre de problème sur le pouvoir d'achat concernant les charges de chauffage et les charges locatives, sur les éco-industries, sur les nouvelles constructions, sur l'autre façon de se déplacer, sur les investissements dans les transports collectifs. Cet enjeu, là aussi, à l'échelle nationale, il est considérable et c'est à partir des savoir-faire, des entreprises, des nouvelles technologies liées à l'environnement que nous repérons sur notre territoire, que demain nous pourrons faire de la France, le pays de l'excellence environnementale. Mais je ne voudrais pas terminer cette introduction à nos universités d'été, sans dire un mot sur la démocratie participative parce que je crois qu'aujourd'hui, la politique a besoin de cela et que nous l'avons mise en place dans toutes nos régions et quand j'aurai terminé cette brève introduction, avec l'accord de Jean-Christophe, nous allons vous projeter un petit film de sept minutes qui vous montre l'expérience du budget participatif dans les lycées de la région. Nous sommes partis avec beaucoup d'ambition, nous nous sommes dits, nous allons transposer ici ce qui se fait à Porto Alegre et nous allons faire en sorte que dans les lycées, les jeunes et les salariés des lycées puissent voter sur une partie du budget. Nous avons mis dix millions d'euros sur la table, multiplié les réunions, ça a été difficile au début parce qu'il faut changer les façons de faire, il faut bousculer les hiérarchies. Il faut faire comprendre, aux directions d'établissements et à l'administration, qu'un ouvrier de service, qui est au contact du restaurant scolaire, il a une expertise, c'est ce que j'appelle souvent le citoyen expert, il sait mieux que quiconque ce qu'il faut pour améliorer la condition de vie et de nourriture des lycéens. Lorsque les lycéens expriment leur soif incroyable de culture, il faut être lycéen pour exprimer cette soif de culture, dès lors qu'on leur donne la parole. Et donc, chacun a sa place a pris part à ces débats, abolissant un instant, la hiérarchie entre les uns et les autres et ce que je peux vous dire aujourd'hui où les 90 lycées de la région, désormais se voient étendre à cette rentrée, un lycée sur deux à la rentrée dernière, tous les lycées à cette rentrée, le budget participatif où les usagers du service public des lycées, votent les dépenses qui sont immédiatement adoptées en délibération par la région, je puis vous dire que c'est une preuve supplémentaire de l'existence de l'intelligence collective des citoyens. C'est en unissant la diversité des compétences, des expériences, des vécus et des talents, que l'on construit une société respectueuse d'elle-même, au clair sur ses raisons et sur ses façons d'agir, assurée de ses valeurs et donc forte sur les décisions qui sont prises et sur la capacité à tenir. Au clair aussi sur la façon dont elle peut rendre des comptes, parce que dès lors que les choses ont été construites avec les citoyens, du coup, ils sont plus à même d'exiger que les politiques leur rendent des comptes et c'est comme cela que petit à petit, se renoue le lien de respect et de confiance, sans lesquels la République ne peut pas tenir sa promesse égalitaire. Et comme nous socialistes nous avons la passion de l'égalité et que nous savons aussi que c'est la passion de la République française, alors c'est vrai que c'est à partir de cette confiance faite aux citoyens, qu'en retour, nous mériterons aussi cette confiance dans les combats qui s'annoncent. Ces combats seront rudes mais ces combats seront beaux, et c'est tous ensemble que nous les gagnerons. Merci de votre attention.

# Posté le mercredi 13 septembre 2006 17:18

Modifié le jeudi 14 septembre 2006 18:01

Question Directe : Patrick Boyer reçoit Ségolène Royal (INTERVIEW)

Question Directe : Patrick Boyer reçoit Ségolène Royal

le 25/08/2006 sur France Inter

Patrick BOYER
François HOLLANDE sera t-il candidat à son tour ? Laurent FABIUS en assez des généralités, Lionel JOSPIN s'interroge sur la légitimité des candidats socialistes, quant au numéro deux du PS, il demande à Messieurs LANG et STRAUSS-KAHN de se retirer de la course. Cela bouillonne au Parti socialiste qui ouvre ce matin les portes de son Université d'été à la Rochelle. Invitée de Question Directe ce matin sur France Inter, Ségolène ROYALE, présidente de la région Poitou-Charentes. Ségolène ROYAL bonjour !

Ségolène ROYAL
Bonjour !

Patrick BOYER
Vous êtes à pied d'½uvre, en direct de la Rochelle, dans les studios de nos amis de Poitou-Charentes. Alors d'abord Madame votre point de vue sur l'engagement militaire de la France au Liban, sujet sur lequel vous aviez été singulièrement peu diserte lors de votre discours de rentrée, dimanche à la Fête de la Rose. Le président de la République a pris hier une décision importante : envoyer 2.000 hommes sous Casques bleus, vous l'approuvez ?

Ségolène ROYAL
La France paraissait en retrait, alors qu'elle avait joué un rôle important dans l'adoption de la résolution concernant le renforcement de la FINUL et aujourd'hui avec cette décision qui prévoit non seulement l'envoi de 2.000 hommes, mais aussi la disponibilité du pays pour assurer le commandement de la FINUL – la France tient enfin son rang et ses promesses et j'allais dire, il était temps ! Parce que cette situation de retrait n'était pas comprise par la Communauté internationale.

Patrick BOYER
Donc vous approuvez maintenant le président, on prend un risque calculé, on envoie 2.000 hommes sous Casques bleus sur un terrain extrêmement difficile.

Ségolène ROYAL
C'est vrai, c'est vrai que c'est un devoir pour le chef des Armées de se préoccuper des conditions dans lesquelles sont engagées les forces armées, la définition précise de la mission. Les conditions d'usage du feu sont indispensables pour que nos soldats se trouvent dans des circonstances difficiles, en capacité de jouer tout leur rôle avec un maximum de sécurité. Chacun a en mémoire l'effroyable attentat du Drakkar en 1983, mais il est évident qu'il aurait été préférable que l'on se soucie de ces conditions au moment où la résolution était négociée plutôt que de donner pendant quelques jours cette impression de flottement. Mais aujourd'hui, je le répète, la France tient ses promesses et tient son rang et je crois que c'est une bonne chose !

Patrick BOYER
Alors à cinq semaines de la clôture des candidatures au PS, François HOLLANDE a surpris son monde hier, en envisageant sa propre candidature, fort de sa légitimité de premier secrétaire élu par les militants lors de quatre congrès. François HOLLANDE pourrait se présenter contre vous Madame ROYAL ?

Ségolène ROYAL
D'abord je voudrais dire que l'Université d'été de la Rochelle, c'est le rassemblement de 3.000 socialistes pour réfléchir et pour travailler sur le projet que nous venons d'adopter. Alors je comprends bien sûr que compte tenu de l'actualité, la question des candidatures à l'élection présidentielle occupe beaucoup les commentateurs. Mais moi je voudrais rappeler ce besoin de respect du débat et de la qualité du débat par rapport aux problèmes qui se posent aujourd'hui dans la France lors de cette rentrée. Et l'essentiel de nos débats va porter sur la question du pouvoir d'achat, on le sait, on le voit, on le vit. Je réunissais hier 21 présidents de régions et le problème auquel nous sommes confrontés, nous le vivons tous les jours. Nous voyons par exemple monter dans les lycées les demandes de fonds sociaux, c'est-à-dire que nous avons aujourd'hui des familles à revenus moyens qui basculent, petit à petit dans l'endettement et qui n'arrivent pas à faire face à des dépenses élémentaires, notamment les dépenses éducatives. Et quand j'entends le gouvernement annoncer une prime pour les étudiants qui va simplement toucher 80.000 étudiants, alors qu'ils sont plus de 2 millions et demi ! Je voudrais dire ici, que les présidents de régions hier, en faisant le point sur la façon dont nous aidions le pouvoir d'achat des Français, nous avons constaté que nous aidions 3 millions et demi de lycéens par la gratuité des livres scolaires. Que nous aidions 100.000 lycéens par l'achat de tous les matériels nécessaires dans les lycées professionnels. Que nous mettions en place pour les jeunes des moyens pour souvent prendre financièrement en charge par les régions les frais de caution qu'ils doivent verser pour se loger. Que dans la région Poitou-Charentes que je préside, nous payons le permis de conduire aux jeunes qui viennent de réussir le CAP, qui sont issus des familles populaires pour qu'ils puissent tout simplement aller au travail. Nous sommes également très soucieux sur les problèmes que rencontrent les Français concernant la hausse du coût de l'énergie. Ici, dans cette région, nous avons créé le TER à 1¤, et nous avons été bien évidemment débordé par ce succès. Il y avait certains jours où il y avait 200, 300 personnes sur le quai ne pouvant prendre le train, parce que nous touchons du doigt l'émergence de besoins sociaux qui se traduisent par une régression du pouvoir d'achat et du niveau de vie. Et je crois qu'en cette rentrée c'est le problème principal et c'est de cela que les socialistes discutent à la Rochelle.

Patrick BOYER
Alors ce n'est pas négligeable, effectivement, ce débat, vous le comprenez bien est aussi porté par des responsables de niveau national au Parti socialiste dans la campagne qui s'ouvre. Je reviens donc à ma question initiale : François HOLLANDE hier dans le MONDE, pourrait-il se présenter contre vous devant les militants pour l'investiture ?

Ségolène ROYAL
Mais François HOLLANDE a redit ce qu'il a toujours dit, aujourd'hui le temps du dépôt des candidature n'est pas venu, c'est celui ou celle qui sera le mieux placé au moment du dépôt de ces candidatures pour gagner qui va rassembler. Moi, vous savez nous sommes en période de débats, les socialistes aiment beaucoup les débats. Mais le moment venu on sait qu'ils savent serrer les rangs, ils sauront se rassembler pour faire gagner la gauche.

Patrick BOYER
Alors on n'a plus que cinq semaines pour les dépôts de candidatures, vous nous confirmez que l'un ou l'autre de vous deux sera candidat ou les deux pourraient l'être devant les militants ?

Ségolène ROYAL
Mais vous savez, je pense qu'il ne faut pas gadgétiser, ni dégrader la politique. C'est vrai que les circonstances sont assez originales, ne le nions pas et en même temps nous sommes dans un enjeu qui concerne l'élection présidentielle – donc il faut garder le niveau du débat. C'est d'abord un débat autour du projet, c'est un débat autour d'une vision de la France et c'est un choix très important que les militants socialistes devront faire le moment venu. Et les socialistes devront se rassembler autour d'une candidature et les militants et notamment tous les nouveaux militants qui nous ont rejoints, nous étions hier à la Fédération de Charente-Maritime à la Rochelle autour de Maxime BONO, il y a 1.000 adhérents supplémentaires ici, dans ce département. Et les militants savent que leur choix va être très important, puisque 200.000 militants vont décider pour des millions d'électeurs qui sera le candidat qui va porter les couleurs de la gauche, qui va être le candidat du Parti socialiste, qui va être capable de rassembler toute la gauche dans sa diversité et qui sera capable de battre la droite au second tour de l'élection présidentielle pour changer, en profondeur ce qui se passe dans ce pays. Et notamment pour faire reculer les inégalités, pour construire une société beaucoup plus solidaire.

Patrick BOYER
Bien sûr, mais ce n'est pas médiocre et le débat ne l'est pas, de savoir si le premier secrétaire du PS peut ou non se présenter contre vous face aux militants. Une fois pour toute c'est envisageable ou non, ce sera l'un ou l'autre d'entre vous ?

Ségolène ROYAL
Je vous ai répondu sur cette question là.

Patrick BOYER
Bon, très bien, est-ce que vous avez été sensible aux déclarations de Laurent FABIUS, qui tout de suite après votre intervention à Frangy-en-Bresse a dit : j'en ai assez des généralités, moi je propose des choses concrètes. Par exemple le SMIC à 100 euros (sic) tout de suite, la fin des stock options, est-ce que vous sentez cette insatisfaction monter chez les cadres du parti qui voudraient des choses plus précises de votre part ?

Ségolène ROYAL
Mais les choses précises nous les avons, nous avons le projet du Parti socialiste et ce sera dans la campagne électorale proprement dite, c'est-à-dire dans le dialogue avec les Français que les choses pourront se préciser. Ce que je crois c'est qu'il est important aussi de définir les valeurs au nom desquelles, les responsables politiques décident. Parce que les Français veulent comprendre dans quel sens va la société et quelle vision nous avons de l'avenir de la France. Et donc, je crois qu'il n'est pas incompatible de développer un certain nombre de valeurs fondamentales et en même temps de les décliner sous forme de mesures concrètes. Mais les mesures concrètes, vous savez nous sommes tous les jours à la tâche, je suis tous les jours à la tâche, je le disais tout à l'heure, en tant que présidente de région. Sur l'emploi, sur la formation professionnelle qui est un défi majeur de notre temps, sur la question de l'éducation et sur la façon dont nous renforçons l'égalité éducative dans le pays. Et donc je crois que la liberté de chacun, la liberté de parole de chacun est tout à fait respectable. Moi, vous l'aurez observé, je ne critique aucun autre socialiste. Je pense que les critiques entre socialistes font beaucoup de mal au Parti socialiste et rendent les militants malheureux. Donc, ne comptez pas sur moi pour dire quel que soit, quelque chose de désagréable sur qui que ce soit.

Patrick BOYER
Non, non bien sûr, mais il est impressionnant par exemple d'entendre l'ancien Premier ministre, Lionel JOSPIN dire...s'interroger par exemple à Santander cette semaine sur la légitimité des candidats socialistes. Pour lui, la question du leadership pour la présidentielle n'a pas été réglée.

Ségolène ROYAL
Je n'écoute pas les choses désagréables, je vous le redis à l'instant, je crois que ce qui est important c'est d'avancer, d'être au clair sur les motivations qui sont les siennes, de rassembler les socialistes, de les rassurer sur le fait que les dirigeants sauront se rassembler le moment venu pour qu'ils puissent décider le meilleur ou la meilleure d'entre nous. Je crois que la légitimité politique, elle vient au Parti socialiste du vote des militants et la légitimité politique dans le pays elle vient du vote des électeurs. C'est le principe de base de la démocratie, maintenant je crois que tous les talents, anciens ou nouveaux ont utiles et seront utiles. Moi ma seule obsession c'est le rassemblement.

Patrick BOYER
Tous les talents anciens, est-ce que l'on peut imaginer, c'est finalement la dernière inconnue au PS, que Lionel JOSPIN se déclare, est-ce qu'il pourrait rebattre les cartes en fait au Parti socialiste ?

Ségolène ROYAL
Ecoutez, je viens de le dire à l'instant, je crois que tous les talents sont utiles, moi je ne veux rien dire de désagréable sur qui que ce soit. Notre principal adversaire c'est la droite, notre principal adversaire c'est la montée de la précarité dans le pays. Notre principal adversaire c'est la montée des inégalités, notre principal adversaire c'est la pauvreté de certains salariés, qui bien que travaillant sont qualifiés de travailleurs pauvres et ça c'est un vrai scandale dans la France contemporaine. Notre principal adversaire c'est une injuste répartition des fruits de la croissance et là, nous exigeons une conférence salariale avec les organisations syndicales pour rétablir un autre rapport de force qui permettra de partager les fruits de la croissance entre le travail et le capital, en favorisant le travail. Notre principal adversaire ce sont les milliers d'enfants qui ne sont pas partis en vacances, c'est la pauvreté, c'est la précarité et c'est surtout aussi l'aspiration de millions d'hommes et de femmes qui ont du talent et qui ont envie que la France avance et qui ont le sentiment parce que l'Etat fonctionne mal aujourd'hui et qu'il va falloir le faire bien fonctionner – c'est ça l'enjeu de l'élection présidentielle ! C'est assurer un bon fonctionnement de la puissance publique pour qu'un euro dépensé soit un euro utile. Pour que les problèmes soient rapidement réglés, pour que les Français aient le sentiment que la France avance vers un chemin où la société sera beaucoup plus solidaire. Pour que la France tienne son rang sur la scène internationale et contribue au rétablissement de la paix, pour que l'Europe se lève, enfin, comme disait François MITTERRAND. Donc cet enjeu là, c'est l'enjeu majeur qui doit nous mobiliser tout entier et c'est cet espoir que nourrissent les militants socialistes parce qu'ils savent que si nous savons élever au sein du Parti socialiste le débat politique à son niveau le plus haut, alors les Français nous ferons confiance pour que cela change en profondeur dans la France qui a besoin, vraiment besoin de ce changement.

Patrick BOYER
Ségolène ROYAL en direct de la Rochelle, merci Madame de rester avec nous sur France Inter et de répondre dans dix minutes aux questions des auditeurs qui sont nombreux au standard : 01.45.24.70.00

QUESTiONS DES AUDITEURS
Patrick BOYER
Radio Com 01 45 24 7000, vous êtes nombreux à appeler Ségolène ROYAL qui est en direct de France Bleu la Rochelle. Un premier appel nous parvient de Danièle à Contrexéville. Bonjour Danièle.

Danièle
Bonjour et merci.

Patrick BOYER
Je vous en prie, allez-y.

Danièle
Les Socialistes ont-ils conscience des dégâts que provoquent toutes ces candidatures ?

Patrick BOYER
Madame Ségolène ROYAL ? Est-ce qu'on va bien vous entendre s'il vous plait, on ouvre tous les micros.

Ségolène ROYAL
Oui.

Patrick BOYER
Vous êtes avec nous 5 sur 5 de la Rochelle.

Ségolène ROYAL
Mais j'ai parfaitement entendu la question, oui bien sûr les Socialistes en sont conscients et en même temps, je crois que c'est une, vraiment une des grandeurs du parti Socialiste que de pouvoir organiser un débat en son sein. Ce qu'il faut c'est que les arguments échangés restent dignes et respectueux. Mais qu'il y ait plusieurs candidats, ce n'est pas choquant, je crois bien au contraire, puisque nous sommes une organisation politique démocratique et que les militants vont voter, vont décider.

Patrick BOYER
Bien sûr.


Ségolène ROYAL
Dans l'intimité de leur conviction, qui sera le ou la mieux à même de gagner.

Patrick BOYER
Mais alors du coup l'appel du numéro deux du parti, monsieur REBSAMEN au retrait de monsieur LANG et de monsieur STRAUSS-KAHN, ça vous paraît de bon aloi ?

Ségolène ROYAL
C'est sa liberté de parole aussi et je crois qu'il l'a fait sans mépris et sans dénigrer et sans propos désagréable.

Patrick BOYER
Mais vous, vous êtes d'accord ou non ?

Ségolène ROYAL
Mais non, mais tout le monde est légitime à présenter sa candidature, c'est préférable qu'il y ait un rassemblement. Et si ce rassemblement peut se faire, il faudra le faire, sinon ce sont les militants qui décideront, il ne faut pas avoir peur de la démocratie.

Patrick BOYER
Eric, nous appelle d'Agen, bonjour Eric.

Eric
Oui bonjour, j'ai une question très concrète pour madame ROYAL.

Patrick BOYER
Allez-y.

Eric
Je voudrais savoir dans l'éventualité où elle accédait à la fonction suprême, comment elle allait procéder pour constituer son gouvernement eu égard aux amabilités et aux crispations qui sont tout à fait avérées au sein des présidentiables et du PS étant donné que par ailleurs, on imagine mal qu'elle puisse se priver de personnalités de premier plan qui ont déjà exercé, donc je voulais savoir un petit peu comment, si elle pouvait nous répondre sans détour et sans langue de bois ?

Patrick BOYER
Sans détour madame ROYAL.

Ségolène ROYAL
D'abord je pense que par respect pour les électeurs, il ne faut jamais brûler les étapes ou anticiper les étapes suivantes, chaque chose en son temps. En même temps, ça n'évite pas, ça n'empêche pas de réfléchir aux étapes suivantes et c'est vrai qu'il faudra constituer des équipes. Vous savez, je réunissais hier les 21 présidents de région, j'avais un sentiment vraiment d'une force collective, d'un potentiel, de personnalités extrêmement compétentes qui sont tous les jours au contact des réalités et qui agissent tous les jours pour régler les problèmes qui se posent aux Français. Il y a l'Assemblée nationale aussi, des personnels, des compétences, il y aura la diversité de la gauche à représenter. Et puis il y aura un équilibre à faire entre les anciens et des nouveaux, comme je l'ai dit tout à l'heure. C'est pour ça aussi que moi, en ce qui me concerne, je m'abstiens, vous l'avez remarqué de toute attaque personnelle contre qui que ce soit parce que le jour où il faudra rassembler toutes les énergies et tous les talents alors il faudra que cela puisse se faire sans que personne ne se sente humilié. Et mon travail aujourd'hui c'est ça et c'est celui je crois de tous les responsables socialistes.

Patrick BOYER
Philippe est en ligne, bonjour Philippe.

Philippe
Bonjour madame, bonjour France Inter.

Patrick BOYER
Vous nous appelez d'où ?

Philippe
D'Auribeau, dans les Alpes Maritimes.

Patrick BOYER
Allez-y.

Philippe
Alors ma question est dans la continuité précisément de la question précédente, pourquoi madame Ségolène ROYAL ne tente t-elle pas de convaincre Dominique STRAUSS-KAHN de former un ticket à la mode anglo-saxonne pour qu'elle même étant candidate à la présidence de la République, elle annonce avec l'accord évidemment de l'intéressé, que celui-ci serait vraisemblablement son Premier ministre. Ce serait certainement un ticket gagnant.

Patrick BOYER
Eh bien voilà on avance vite madame ROYAL.

Ségolène ROYAL
Parce que je pense que ça ne correspond pas à l'esprit de nos institutions, l'élection du président de la République, c'est l'élection du président de la République. En revanche, je pense qu'il faut constituer des équipes et que tous les talents sont nécessaires et qu'il faudra rassembler tous ces talents.

Patrick BOYER
Mais vous ne voulez pas vous lier les mains à l'avance, en fait aux Etats-Unis effectivement c'est différent, il y a un vice-président sur le ticket et en France c'est différent.

Ségolène ROYAL
Mais nous ne sommes pas aux Etats-Unis précisément, nous sommes en France et nous devons respecter l'esprit des institutions. Les Français, en tout cas, attendent cela.

Patrick BOYER
Eh bien Daniel nous appelle de l'Essonne, bonjour Daniel.

Daniel
Oui, bonjour madame.

Patrick BOYER
Bienvenu sur l'antenne.

Daniel
Merci. Voilà j'ai posé cette même question à monsieur LANG et à monsieur FABIUS, qu'est-ce que vous ferez des trois ou quatre cent mille immigrés clandestins qui sont sur le territoire national ?

Ségolène ROYAL
D'abord je voudrais bien préciser sans polémique, mais parce que c'est la réalité des choses que la question de l'immigration, les difficultés qu'elle pose aujourd'hui sont le résultat direct de la politique de SARKOZY. C'est-à-dire qu'avec un empilement de législations successives, il a réussi le tour de force de faire en sorte en effet que des centaines de milliers d'hommes et de femmes sont sur le territoire national sans être ni expulsables, ni régularisables et cette situation là, elle est insupportable sur le plan humain, pour les personnes concernées. Donc il faudra remettre à plat la législation sur l'immigration, faire en sorte que l'on mette en place comme c'est écrit dans le projet des Socialistes, une immigration partagée, c'est-à-dire négocier, travailler avec les pays d'origine dans le respect des personnes et en même temps dans le respect aussi et dans la préparation du co-développement. On ne réglera pas le problème d'immigration internationale si on ne règle pas la question du développement des pays pauvres. Et je me rends d'ailleurs prochainement au Sénégal pour discuter avec ce pays de la mise en place des actions de co-développement. Moi, je crois beaucoup aux actions de proximité, en particulier nous le faisons avec nos régions, nous avons des partenariats en direct et nous savons où va l'argent. Parce qu'un des gros problèmes aujourd'hui de la politique de coopération, c'est le gaspillage, c'est le détournement de fonds, c'est la corruption, et c'est la possibilité pour les pays donateurs souvent de contrôler l'efficacité des actions dans les pays pauvres. Et soit nous réussissons à faire émerger les pays pauvres, et je pense en particulier qu'aujourd'hui les pays les plus pauvres qui sont sous les latitudes les plus chaudes ont un atout, c'est l'énergie solaire gratuite, et donc nous devons appuyer les modes de développement dans ces pays sur le potentiel dont ils disposent. Je crois que c'est une utopie réalisable. En tout cas nous devons mener de front ces deux questions là. La question planétaire de la réduction des écarts entre pays pauvres et pays riches pour mettre fin à l'émigration de la misère et de la pauvreté et la question du dialogue et de la régularisation de l'immigration pour que nous puissions au cas par cas et dans un flux continu régulariser ceux qui sont sur notre sol et dont notre économie a besoin.

Patrick BOYER
Oui, bien sûr madame ROYAL, au cas par cas, pardon, c'est un peu ce que fait le gouvernement aujourd'hui. Alors avant cette entreprise de longue haleine sur laquelle à priori tout le monde est d'accord dans le monde politique français de la droite à la gauche, qu'est-ce qu'on fait pour les centaines de milliers qui sont chez nous et qui n'ont pas les papiers, qui sont irréguliers ? Est-ce qu'on procède ou non après l'élection présidentielle si un socialiste ou vous-même par exemple été élu, à une régularisation massive comme en Italie ou en Espagne ou non ?

Ségolène ROYAL
Au cas par cas, ce n'est pas ce que fait le gouvernement de droite aujourd'hui. Il est confronté au bout de plus de quatre ans du pouvoir à ce problème de régularisation massive, c'est quand même lui qui est responsable. Il est aux responsabilités et il nous a fait croire que le problème était réglé, or aujourd'hui par une incohérence, une incompétence gouvernementale, nous sommes effectivement confrontés à cette difficulté. Nous ne pouvons pas pour des raisons de responsabilités annoncer aveuglement des régularisations massives. Mais nous devrons régler ce problème, en particulier les enfants qui sont à l'école doivent pouvoir continuer à apprendre et à rester à l'école. Nous avons d'ailleurs décidé hier, présidents de région socialiste, responsables des lycées que les lycéens qui sont en situation expulsable seront parrainés par nos soins pour qu'ils puissent continuer à apprendre à l'école et nous devons ensuite régler les problèmes au cas par cas et en fonction là aussi sans doute des besoins des territoires. Moi, je suis favorable à une décentralisation de cette question, c'est un peu novateur, mais je pense que dans les régions et les départements où nous sommes au plus près des réalités économiques, des différents besoins, notamment je pense aux besoins des activités saisonnières, je crois qu'il est temps dans notre pays de créer un visa saisonnier, car il y a beaucoup d'étrangers qui viennent travailler. L'économie française en a besoin, donc nous devons les accueillir humainement et correctement et les loger correctement. Notre économie a besoin de travailleurs saisonniers qui restent ensuite sur le territoire français parce qu'il n'y a pas de visa durable saisonnier. Voilà un problème très concret qui peut être rapidement réglé à la fois dans l'intérêt de ces salariés et dans l'intérêt de la France.

Patrick BOYER
Donc je retiens de votre propos qu'en cas de retour de la gauche au pouvoir, vous ne prévoyez pas, vous madame ROYAL, de régularisations massives.

Ségolène ROYAL
Je pense que la responsabilité gouvernementale doit toujours écarter les solutions schématiques qui pourraient être mal interprétées. Nous aurons, pourquoi le nier, un gros problème de régularisation parce qu'il va falloir réparer les dégâts de la politique SARKOZY, nous le ferons dans un double respect de respect des personnes et aussi de souci d'intégration dans de bonnes conditions de ces personnes sur le territoire français. Et le troisième principe, c'est celui du dialogue respectueux avec les pays d'origines.

Patrick BOYER
Thibault nous appelle de Paris, bonjour Thibault.

Thibault
Oui bonjour madame ROYAL. Dans son souci de préciser le projet, un autre candidat, Laurent FABIUS a dit, 1er juillet 2007, je demande au gouvernement d'augmenter le SMIC de 100 euros. Alors madame ROYAL, ma question est la suivante, vous êtes candidate, pour le moment on entend beaucoup de pressi-pressa et pas mal de sermons, moi, j'ai un peu peur de me faire arnaquer alors dites moi précisément est-ce qu'on est dans la généralité ou est-ce que vous aussi vous, pour soutenir le pouvoir d'achat, ce sera 100 euros de plus pour le SMIC. J'aimerais une réponse précise madame ROYAL, je vous remercie.

Ségolène ROYAL
Toutes les propositions précises sont les bienvenues. Je pense que la question des bas salaires, qui est au c½ur du projet socialiste, qui prévoit l'augmentation du SMIC comme vous le savez, est la question sociale majeure que nous aurons à résoudre si les Français nous font confiance. Ce n'est pas que la question du SMIC parce que les premières réactions que j'entends autour de moi, c'est ceux qui gagnent juste au-dessus du SMIC et qui se disent et nous, est-ce que nous aurons les 100 euros ? Savez-vous qu'un salarié sur deux gagne moins d'un SMIC et demi ? Donc les Français sont intelligents et ils savent qu'on ne règle pas ces questions là par une seule mesure et par un seul chèque. C'est un début, et en même temps je crois que c'est la question globale des bas salaires qu'il faut poser pour augmenter le pouvoir d'achat des bas salaires. Je pense aussi qu'il faut poser la question des écarts car si on donne 100 euros de plus au SMIC, mais 1000 euros de plus aux salaires, ou si on laisse déraper la rémunération du capital qui va plus vite que la rémunération du travail, on n'aura rien réglé avec les 100 euros. Si en plus ces 100 euros sont grignotés par la hausse des prix et notamment par la hausse de l'énergie, les gens auront le sentiment comme vous venez de le dire à l'instant de se faire arnaquer. Et donc la position du parti Socialiste, ce qui est inscrit dans notre projet, c'est de convoquer dès l'élection de la gauche une conférence salariale, une conférence du pouvoir d'achat pour que les organisations syndicales jouent tout leur rôle. Vous savez que je suis, moi, favorable à l'émergence en France d'un syndicalisme de masse, et donc si on commence par décider unilatéralement ce qu'il faut faire ou ce qu'il ne faut pas faire, vous coupez l'herbe sous le pied des organisations syndicales et elles ne réussiront pas à prendre toute leur place dans la société française et donc des questions comme celles du pouvoir d'achat et de la précarité doivent être réglées par une modification du rapport de force entre les salariés et le patronat avec la garantie de l'Etat. C'est l'Etat qui doit donner la garantie d'un juste dialogue, c'est l'Etat qui doit donner les moyens aux organisations syndicales de peser sur ce dialogue social et c'est comme cela que les conquêtes sociales se mettront en place parce qu'elles seront le fruit d'un rapport de force discuté. Et la question centrale, c'est la question de la répartition des fruits de la croissance car la droite ne peut pas à la fois dire, c'est formidable, il y a 2,5 points de croissance et en même temps dire qu'il est impossible d'augmenter les salaires. Il est possible d'augmenter les salaires si on répartit autrement les fruits de la croissance, la croissance est là, elle est fragile, on sait qu'elle est fragile parce qu'il y a un fort déficit du commerce extérieur, que les ménages sont endettés, mais en même temps elle est là, il faut donc à la fois la consolider et on la consolidera en augmentant le pouvoir d'achat notamment des bas et des moyens salaires.

Patrick BOYER
Ségolène ROYAL, toujours dans Radio Com, on enchaîne madame ROYAL pour que tous les auditeurs puissent intervenir. Nous avons si vous le permettez un appel de Danièle qui est à Merville. Vous êtes la bienvenue Danièle.

Danièle
Oui bonjour. Je vous pose ma question. Madame ROYAL a fait campagne pour le “ oui ” à la constitution européenne, si elle est élue, amènera t-elle la France et les Français vers une renégociation de leur vote “ non ” ?

Ségolène ROYAL
Il faut que l'Europe se lève à nouveau, on en a besoin, la France en a besoin. La France a besoin d'être un pays fort dans une Europe forte. L'Europe aussi a un rôle majeur à jouer non seulement dans la conquête de l'emploi, dans la conquête de la hausse salariale, de la croissance économique, du développement de l'éducation, de la construction de sociétés beaucoup plus solidaires, mais en plus l'Europe doit aussi être plus forte pour participer davantage aux actions de maintien de la paix dans le monde. On a évoqué ce sujet tout à l'heure. Donc il faut impérativement qu'à nouveau l'Europe se remette en marche et aujourd'hui il faut se souvenir, les Français ont demandé, qu'ils aient voté “ oui ” ou qu'ils aient voté “ non ”, ce qui les rassemble aujourd'hui c'est l'exigence d'une Europe plus protectrice. Et donc il faut à la fois apporter cette garantie que l'Europe est plus protectrice pour l'emploi en particulier, pour une meilleure répartition entre le capital et le travail comme je le disais tout à l'heure. Et même temps il faut relancer l'Europe sur des projets concrets, opérationnels et de ce point de vue, j'en vois deux, d'abord construire l'Europe de l'excellence environnementale car nous devons maintenant préparer l'après pétrole en investissant, en innovant en particulier dans les énergies renouvelables, en changeant les modes de comportement, de consommation et de déplacement et l'Europe de la recherche parce que je crois que c'est en investissant collectivement dans les secteurs de pointe que nous défendons l'emploi de demain. Et en ce qui concerne la constitution pour revenir à la question plus précise, ce qui est prévu dans le projet des Socialistes, c'est de renégocier un texte, beaucoup plus court, qui garantissent le bon fonctionnement des institutions européennes et qu'une nouvelle consultation populaire soit organisée.

Patrick BOYER
Juste d'un mot madame ROYAL, vous évoquez l'environnement, Nicolas HULOT et d'autres responsables Verts souhaiteraient que le numéro deux du futur gouvernement soit chargé de l'environnement, du développement durable, en un mot, vous seriez favorable à cela dans un futur gouvernement de gauche ?

Ségolène ROYAL
Je pense que la question environnementale doit être portée au plus haut niveau, au niveau du chef de l'Etat, c'est ce qui se fait par exemple dans les pays nordiques où l'ensemble du gouvernement et de la société en général, des entreprises, des consommateurs, des associations, des collectivités locales sont totalement mobilisés sur cette question. La France est très en retard et je vous le dis ici si je suis en situation, la France sera le pays de l'excellence environnementale, nous essayons de le faire, nous le faisons ici dans la région Poitou Charente, nous sommes à la pointe des énergies renouvelables. Nous lançons, nous construisons actuellement un lycée, que j'ai appelé le lycée Kyoto qui sera un lycée avec zéro énergie fossile, c'est-à-dire qu'il fonctionnera uniquement avec des énergies renouvelables et qui récupérera l'eau de pluie pour justement aussi lutter contre les problèmes de sécheresse dont nous souffrons beaucoup dans notre région. Donc toutes les nouvelles technologies vont être concentrées sur cette réalisation pour montrer qu'il est possible de construire autrement, de vivre autrement, d'économiser l'énergie, et de faire en sorte que les nouvelles technologies soient mises au service d'un autre développement.

Patrick BOYER
Le lycée Kyoto comme le protocole. Merci Ségolène ROYAL d'avoir été en direct ce matin de France Bleu La Rochelle pour les auditeurs de France Inter.
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# Posté le mercredi 13 septembre 2006 17:17