13/09/06
REUTERS : Royal s'oppose à Sarkozy sur l'Union européenne, par Yves Clarisse
BRUXELLES (Reuters) - Ni "mini-traité" européen, ni mise à l'écart de la Turquie: malgré ses réticences, Ségolène Royal s'est opposée à la vision européenne de Nicolas Sarkozy.
La favorite des sondages à gauche pour l'élection présidentielle a rencontré à Bruxelles les présidents de la Commission, José Manuel Barroso, et du Parlement européen, Josep Borrell, cinq jours après la visite du ministre de l'Intérieur.
Ségolène Royal avait annulé les deux conférences de presse prévues après chacun de ces rendez-vous et tout avait été fait pour que cette visite se déroule de manière discrète, comme son entrée par le parking souterrain de la Commission.
Son porte-parole pour les affaires européennes, le député européen Gilles Savary, avait expliqué mardi soir que ce profil bas médiatique était dû au fait que Sarkozy avait précédé à Bruxelles la candidate à la candidature socialiste et qu'elle ne voulait pas répondre "à la hussarde" à son discours.
Elle n'a néanmoins pas pu échapper aux journalistes qui l'attendaient à la sortie de sa rencontre avec Borrell et s'est livrée à quelques brefs commentaires dans lesquels elle n'a effectivement pu que répondre au discours de son rival.
Sarkozy propose-t-il de faire entrer en vigueur dès la fin de 2008 un "mini-traité" reprenant l'essentiel des dispositions institutionnelles de la Constitution européenne rejetée par la France - et surtout par l'électorat de gauche - en 2005?
PAS DE "LIBÉRALISME SAUVAGE"
"Je crois que c'est une erreur de mettre la réforme des institutions comme préalable à la définition des actions européennes et à la définition d'un avenir pour l'Europe", a-t-elle répondu devant les caméras de télévision.
Il convient, a-t-elle ajouté, de repenser auparavant "l'idéal européen", alors que le président de l'UMP estime qu'il faut des institutions réformées - plus de vote à la majorité, un président stable pour l'UE et un ministre des Affaires étrangères - pour pouvoir gérer l'Europe élargie.
Avant de parler institutions, il faut "lancer des programmes européens, notamment sur la préparation de l'après-pétrole, sur les innovations et les investissements dans la recherche", a expliqué Ségolène Royal en parlant de "créer l'Europe par la preuve".
Il s'agit notamment d'"affirmer un contre-modèle social opposé au libéralisme sauvage qui fait qu'aujourd'hui les citoyens d'Europe se sentent menacés par rapport à la mondialisation", a-t-elle souligné.
"Et après seulement nous pourrons leur expliquer qu'il faut une réforme des institutions", a-t-elle poursuivi. "Les peuples d'Europe comprendront qu'en unissant nos efforts nous pouvons être plus forts" lorsqu'elle fonctionnera mieux.
Sarkozy dit-il clairement que la Turquie n'a pas sa place dans l'Union européenne et qu'il faut nouer un partenariat privilégié avec ce grand pays musulman pour l'ancrer dans l'UE?
"Tout déclaration brutale comme celle que l'on a entendue rejetant la Turquie aurait des effets désastreux et en même temps, je crois qu'il faut regarder avec réalité la préoccupation qui consiste à dire: (...) il faut que les frontières de l'Europe soient stables mais que des partenariats soient noués", a expliqué Ségolène Royal au Parlement européen.
RÉPONDRE AUX PRÉOCCUPATIONS DES FRANÇAIS
La position n'est donc pas aussi nette que celle de nombreux socialistes, puisqu'elle parle aussi d'un partenariat.
"Je crois que dans le débat qui a eu lieu récemment en France la question de la stabilité des frontières en Europe est une question qui fait partie des questions, des préoccupations que les Français se sont posées", a-t-elle estimé.
Sur l'immigration clandestine, en revanche, elle n'est pas très éloignée de la position de Nicolas Sarkozy.
Ce dernier avait fustigé les opérations de régularisation réalisées en Italie et en Espagne, qui ont selon lui provoqué un "appel d'air" dont on mesure les conséquences avec l'arrivée massive de candidats aux Canaries ou à Lampedusa.
"Je pense que c'est regrettable", a-t-elle aussi répondu à une question sur ces régularisations réalisées sans aucune concertation avec les autres pays européens, tout en prônant, tout comme Sarkozy, une politique européenne de l'immigration.
Il faut, a-t-elle dit, "maîtriser l'immigration si l'on veut que nos opinions publiques comprennent que le pouvoir politique a un sens et a une efficacité" et aider les pays d'origine.
Ces commentaires succincts ne valent pas un discours-programme que son entourage promet pour bientôt.
Royal a toutefois tenu à montrer son engagement européen en s'entourant lors de ses rencontres avec Barroso et Borrel de personnalités europhiles, comme Savary lui-même, l'ancien Premier ministre Michel Rocard et Jean-Louis Bianco, secrétaire général de l'Elysée sous François Mitterrand.
Mais Rocard a immédiatement modéré son appui.
"Je soutiens Dominique Strauss-Kahn", a-t-il dit en souriant. "Je suis là pour afficher le bloc du PS."
REUTERS : Royal s'oppose à Sarkozy sur l'Union européenne, par Yves Clarisse
BRUXELLES (Reuters) - Ni "mini-traité" européen, ni mise à l'écart de la Turquie: malgré ses réticences, Ségolène Royal s'est opposée à la vision européenne de Nicolas Sarkozy.
La favorite des sondages à gauche pour l'élection présidentielle a rencontré à Bruxelles les présidents de la Commission, José Manuel Barroso, et du Parlement européen, Josep Borrell, cinq jours après la visite du ministre de l'Intérieur.
Ségolène Royal avait annulé les deux conférences de presse prévues après chacun de ces rendez-vous et tout avait été fait pour que cette visite se déroule de manière discrète, comme son entrée par le parking souterrain de la Commission.
Son porte-parole pour les affaires européennes, le député européen Gilles Savary, avait expliqué mardi soir que ce profil bas médiatique était dû au fait que Sarkozy avait précédé à Bruxelles la candidate à la candidature socialiste et qu'elle ne voulait pas répondre "à la hussarde" à son discours.
Elle n'a néanmoins pas pu échapper aux journalistes qui l'attendaient à la sortie de sa rencontre avec Borrell et s'est livrée à quelques brefs commentaires dans lesquels elle n'a effectivement pu que répondre au discours de son rival.
Sarkozy propose-t-il de faire entrer en vigueur dès la fin de 2008 un "mini-traité" reprenant l'essentiel des dispositions institutionnelles de la Constitution européenne rejetée par la France - et surtout par l'électorat de gauche - en 2005?
PAS DE "LIBÉRALISME SAUVAGE"
"Je crois que c'est une erreur de mettre la réforme des institutions comme préalable à la définition des actions européennes et à la définition d'un avenir pour l'Europe", a-t-elle répondu devant les caméras de télévision.
Il convient, a-t-elle ajouté, de repenser auparavant "l'idéal européen", alors que le président de l'UMP estime qu'il faut des institutions réformées - plus de vote à la majorité, un président stable pour l'UE et un ministre des Affaires étrangères - pour pouvoir gérer l'Europe élargie.
Avant de parler institutions, il faut "lancer des programmes européens, notamment sur la préparation de l'après-pétrole, sur les innovations et les investissements dans la recherche", a expliqué Ségolène Royal en parlant de "créer l'Europe par la preuve".
Il s'agit notamment d'"affirmer un contre-modèle social opposé au libéralisme sauvage qui fait qu'aujourd'hui les citoyens d'Europe se sentent menacés par rapport à la mondialisation", a-t-elle souligné.
"Et après seulement nous pourrons leur expliquer qu'il faut une réforme des institutions", a-t-elle poursuivi. "Les peuples d'Europe comprendront qu'en unissant nos efforts nous pouvons être plus forts" lorsqu'elle fonctionnera mieux.
Sarkozy dit-il clairement que la Turquie n'a pas sa place dans l'Union européenne et qu'il faut nouer un partenariat privilégié avec ce grand pays musulman pour l'ancrer dans l'UE?
"Tout déclaration brutale comme celle que l'on a entendue rejetant la Turquie aurait des effets désastreux et en même temps, je crois qu'il faut regarder avec réalité la préoccupation qui consiste à dire: (...) il faut que les frontières de l'Europe soient stables mais que des partenariats soient noués", a expliqué Ségolène Royal au Parlement européen.
RÉPONDRE AUX PRÉOCCUPATIONS DES FRANÇAIS
La position n'est donc pas aussi nette que celle de nombreux socialistes, puisqu'elle parle aussi d'un partenariat.
"Je crois que dans le débat qui a eu lieu récemment en France la question de la stabilité des frontières en Europe est une question qui fait partie des questions, des préoccupations que les Français se sont posées", a-t-elle estimé.
Sur l'immigration clandestine, en revanche, elle n'est pas très éloignée de la position de Nicolas Sarkozy.
Ce dernier avait fustigé les opérations de régularisation réalisées en Italie et en Espagne, qui ont selon lui provoqué un "appel d'air" dont on mesure les conséquences avec l'arrivée massive de candidats aux Canaries ou à Lampedusa.
"Je pense que c'est regrettable", a-t-elle aussi répondu à une question sur ces régularisations réalisées sans aucune concertation avec les autres pays européens, tout en prônant, tout comme Sarkozy, une politique européenne de l'immigration.
Il faut, a-t-elle dit, "maîtriser l'immigration si l'on veut que nos opinions publiques comprennent que le pouvoir politique a un sens et a une efficacité" et aider les pays d'origine.
Ces commentaires succincts ne valent pas un discours-programme que son entourage promet pour bientôt.
Royal a toutefois tenu à montrer son engagement européen en s'entourant lors de ses rencontres avec Barroso et Borrel de personnalités europhiles, comme Savary lui-même, l'ancien Premier ministre Michel Rocard et Jean-Louis Bianco, secrétaire général de l'Elysée sous François Mitterrand.
Mais Rocard a immédiatement modéré son appui.
"Je soutiens Dominique Strauss-Kahn", a-t-il dit en souriant. "Je suis là pour afficher le bloc du PS."